Recette familière

Denzel Washington dans The Taking of Pelham 1 2 3
Photo: Denzel Washington dans The Taking of Pelham 1 2 3

Contrairement à ce que laisse croire le titre français, Pelham n'est pas une station du métro de New York mais le nom d'une rame qui circule dans son réseau. Cette rectification faite, rappelons que ce thriller de l'inconstant Tony Scott (Top Gun, Crimson Tide), qui survient 35 ans après la première adaptation au cinéma du roman de John Godey (par Joseph Sargent), ne fait qu'appliquer une grammaire et des outils technologiques d'aujourd'hui à une histoire intemporelle de prise d'otages et de demande de rançon.

Le film est en fait un pas de deux assez divertissant, sans profondeur, comme il se doit. Il y a d'une part un chef de bande criminelle, Ryder (John Travolta, en forme), qui immobilise une voiture de métro avec 18 otages à son bord. Il y a d'autre part le contrôleur, Walter (Denzel Washington, en mode Morgan Freeman), que le hasard a désigné pour négocier avec lui depuis son poste au centre de contrôle de Brooklyn et qui doit transmettre à qui de droit ses exigences: dix millions de dollars dans l'heure, avec menace de tuer un passager par minute de retard.

Les deux hommes ont un passé trouble, dont le scénario — qui dénonce pour la forme et presque par nostalgie du film antérieur le bris du lien de confiance entre les individus et les institutions — révèle des détails à dose homéopathique au fil du récit mené tambour battant, avec toute l'ostentation dont on sait Tony Scott capable: images en accéléré, traînées chromatiques, course contre la montre et cascades à travers la ville, arrêts sur image avec top chrono, le cinéaste abuse tant des artifices que le suspense s'essouffle plutôt que de s'emballer. J'en veux pour preuve une séquence, qui survient dans la deuxième moitié du film, où Scott pousse l'art du montage en temps dilaté jusqu'au point de rupture. En sept minutes, son héros a eu le temps de se rendre à l'héliport le plus proche de son poste, de faire attendre l'appareil pour parler au téléphone avec son épouse, de voyager à son bord vers le coeur de Manhattan, de recevoir sur place moult instructions et de marcher dans le tunnel en poussant un chariot sur rails jusqu'à la voiture stoppée entre deux stations. Un cinéaste plus raffiné aurait fait battre à tout rompre les coeurs de la salle. Scott nous a fait rire. Il n'y a pas lieu de lui en vouloir, mais quiconque réclame davantage d'un film que l'application d'un savoir-épater et d'une recette familière, avec ses retournements attendus et sa morale bien-pensante, jugera The Taking of Pelham 1 2 3 pour ce qu'il est: une rame de métro. Rectification faite.

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Collaborateur du Devoir

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The Taking of Pelham 1 2 3 (Pelham 1 2 3: L'Ultime Station)

De Tony Scott. Avec Denzel Washington, John Travolta, John Turturro, Luis Guzman, James Gandolfini. Scénario: Brian Helgeland, d'après le roman de John Godey. Image: Tobias A. Schliessler. Montage: Chris Lebenzon. Musique: Harry Gregson-Williams. États-Unis, 2009.

107 minutes.

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