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62e Festival de Cannes - Tarantino sur le sentier de la guerre

Brad Pitt et sa compagne Angelina Jolie esquissent quelques pas de danse à leur arrivée à la projection du film Inglorious Basterds, de Quentin Tarantino, dans lequel Pitt défend le rôle principal.
Photo: Agence France-Presse (photo) Brad Pitt et sa compagne Angelina Jolie esquissent quelques pas de danse à leur arrivée à la projection du film Inglorious Basterds, de Quentin Tarantino, dans lequel Pitt défend le rôle principal.

Cannes — Les photographes et la presse people attendaient Brad Pitt, dont la montée des marches au bras d'Angelina, hier soir, s'annonçait la plus médiatisée du festival. «Brad! Brad! Brad!» criaient tous les porteurs de kodaks et de cellulaires en rencontre de presse, pour immortaliser son regard. Le beau blond leur a jeté son sourire et son veston blanc en pâture. Mais l'âge lui a calmé le pompon. Il choisit bien ses projets, s'entoure des équipes qu'il respecte, prend son métier au sérieux, le précise aux journalistes, se joue en sous-main de la machine à illusions qui fait sa gloire.

«Brad et moi, on se reniflait depuis longtemps, déclare Quentin Tarantino. Mais je voulais lui offrir un personnage sur mesure. Ce lieutenant américain à la tête d'un groupe de tueurs de nazis lui revenait.»

Sur la Toile, des hordes de blogueurs avaient fantasmé sur la gestation de son film Inglorious Basterds, dont le scénario a germé huit ans, avant un tournage éclair de quelques mois, histoire de boucler à temps pour Cannes.

Réalisé surtout en Allemagne, dans les mythiques studios de Babelsberg, abordant la Seconde Guerre mondiale, on applaudit un bon Tarantino. Avec son punch, ses scènes d'action explosives, mais un scénario émouvant, fort, rempli de substance, sans trop d'esbroufe, sur une mise en scène fluide. Quelque chose de classique: un drame où l'humour garde ses droits, servi par une distribution de premier ordre. Moins kitsch, moins pop, moins obsédé d'hémoglobine gratuite... Tarantino, qui aime le cinéma de genre, voulait tâter du film de guerre, avec sous catégorie «commando en mission». «C'est un film important pour moi, et libérateur.»

Ironie du sort: Isabelle Huppert, présidente du jury cannois, devait jouer dans cette production. Les rumeurs veulent qu'elle en ait été chassée, faute de connaître ses textes. L'inquiétante rousse ira-t-elle se venger au palmarès? La question a parcouru comme une onde les ruelles et la Croisette. Mais Tarantino en a balayé l'éventualité du revers de la main. «Nos calendriers ne coïncidaient pas: un point, c'est tout. Comment pourrait-elle en vouloir à moi, son plus grand fan? Nous nous retrouverons sur un autre tournage, etc.» Il avait très envie de passer à une autre question...

Quand Tarantino avait gagné en 1994 la Palme d'or avec Pulp Fiction, ses yeux étaient ceux d'un enfant transporté au palais des fées. Depuis, il a porté ici tous les chapeaux. Visage désormais fétiche au menton en galoche et à la cinéphilie arborée; bavard, exalté, moins adolescent attardé qu'hier. «Cannes, c'est l'Olympe, les Jeux olympiques, le Nirvana du cinéma», répète-t-il quand même, ravi.

Ce film choral démarre en France au cours des premières années de l'Occupation. Une jeune fille survit au massacre de sa famille par un terrible colonel nazi (Christoph Waltz, époustouflant) avant d'acquérir à Paris une salle de cinéma art déco, bien photogénique. En contrepoint, un commando antinazi dirigé par le lieutenant Raine (Brad Pitt) prépare une riposte sanglante. Celle-ci, après maintes péripéties, se déroulera dans la salle de cinéma de la belle, où les dirigeants allemands assistent à une première de film. «Le pouvoir du cinéma y terrasse le 3e Reich», résume-t-il. Et l'histoire officielle se réinvente...

«Ce qu'il faut y comprendre, précise Tarantino, c'est qu'un personnage fictif change la face du monde. On part du principe: "Et si les choses s'étaient passées de cette façon?", et on demeure plausible, quant au reste.»

Deux scènes clés — un massacre, une explosion — rappelleront à tous que le cinéaste de Kill Bill n'a pas perdu la main et qu'il demeure l'empereur des chorégraphies sanglantes.

Inglorious Basterds est tourné en plusieurs langues: allemand, français, anglais, italien. Brad Pitt y côtoie Diane Kruger (en actrice résistante) Daniel Brühl en héros de guerre allemand, Christoph Waltz, remarquable en colonel nazi cruel et polyglotte. Ajoutez Mélanie Laurent en juive cinéphile vengeresse, Michaël Fassbender, Eli Roth, Mike Myers, Julie Dreyfus, etc.

À voir un florilège de ces acteurs rigoler devant la presse, on comprend que le plateau fut animé.

Cette tour de Babel impressionne Brad Pitt, surtout habitué aux critères d'Hollywood, où l'anglais règne encore souvent en maître, quel que soit le pays où se déroule l'action: «Ça me plaît, le respect de la langue. Chaque personnage est interprété par un acteur de sa nationalité. Et les interprètes allemands n'ont pas souvent l'occasion, comme nous, de participer à de grandes productions internationales.»

Pour tout dire, le projet avait failli mourir dans l'oeuf. «Sans Christoph Waltz, il n'y aurait pas eu de film», explique Tarantino. Il voulait un acteur capable de s'exprimer en quatre langues. «On a trouvé le financement le lundi, et il fallait tout boucler le vendredi. Sans l'acteur parfait, je publiais le scénario et je laissais tomber le tournage. Mais Christoph est arrivé...»

Il est d'ailleurs le clou du film, bien davantage que Brad Pitt. Revanche des cinématographies moins dominantes.

Ne demandez pas pourquoi «bastards» s'écrit «basterds» dans son titre de film, Tarantino refuse de répondre, appelle la poésie et le mystère à sa rescousse. «Et s'il fallait toujours tout expliquer...»
1 commentaire
  • Brun Bernard - Inscrit 21 mai 2009 07 h 30

    Bof.

    Tarantino fait du cinéma avec le tragique humain. Il aime se vautrer dans la violence d'une manière quelque peu intello mais il reste dans la droite ligne du capitalisme du show bizziness. Il fait de l'entertainment come le film Singing in the rain de 1952, voilà tout. Rien de nouveau sous le soleil créatif cinématographique et du cirque romain...Il aurait été aimé du temps des empereurs romains. Il s,est peut-ête trompé d'époque en vérité car le cirque et les jeux, il en connaît un boute