Un véritable cadeau

Cantonné dans les murs de l’école primaire Sacré-Coeur et avec de rares échappées dans les familles des trois jeunes protagonistes, le cinéaste Michel Lam se fait le témoin attentif de cette émancipation par la musique.
Photo: Cantonné dans les murs de l’école primaire Sacré-Coeur et avec de rares échappées dans les familles des trois jeunes protagonistes, le cinéaste Michel Lam se fait le témoin attentif de cette émancipation par la musique.

Les écoles à vocation particulière sont-elles des ghettos dorés ou la planche de salut du secteur public? Trahissent-elles les rêves de démocratisation tels qu'élaborés dans le rapport Parent ou reflètent-elles tout simplement une tendance sociale où le tout à la carte a force de loi? Autant de questions jamais explicitement débattues par le cinéaste Michel Lam dans son documentaire ...et la musique.

Et pour bien appuyer le caractère intimiste et dépouillé de son propos, il n'indique qu'à la toute fin du film où se situe exactement l'école primaire Sacré-Coeur; il le sait d'ailleurs mieux que quiconque puisqu'il a eu la chance de fréquenter cette institution. Qu'a-t-elle de spécial? Une dévotion infatigable pour la musique puisque tous les élèves doivent maîtriser les rudiments du violon, du violoncelle ou du piano.

Ce choix pédagogique courageux, tant sur le plan financier que sur celui de la logistique, a visiblement inspiré la carrière — et la vie — du cinéaste, qui d'ailleurs signe la très belle musique de son film. Et alors que d'autres auraient aimé en savoir plus sur les origines de ce mandat — et sur ceux qui le portent à bout de bras dans un contexte de difficultés économiques, mais aussi de mépris larvé à l'égard de la culture, et pas juste à Ottawa —, Michel Lam choisit plutôt les sentiers sinueux du cinéma vérité, sans voix-off et avec très peu de têtes parlantes. De la fébrilité de la rentrée à celle du spectacle de fin d'année en passant par les répétitions qui écorchent les oreilles des enseignants (et un peu celles des spectateurs!), le cinéaste s'installe quelque part dans les corridors, ou au fond de la classe, et observe.

Au fil des semaines, il s'attache à trois élèves d'âges différents mais qui se ressemblent dans cette énergie enthousiaste à maîtriser le violon ou le piano et possèdent une aisance certaine devant la caméra, particulièrement le jeune Alexis, «six ans et trois quarts». Quant à Rachel et à Anne-Catherine, respectivement en 4e et 6e année, elles évoquent les bienfaits que leur procure la musique et, dans leurs mots parfois maladroits, cet arrachement progressif au monde de l'enfance pour celui de l'adolescence. La perspective d'accéder au niveau secondaire semble un sujet d'inquiétude constant pour Anne-Catherine, la plus douée des trois apprentis musiciens, fière d'afficher son appartenance à Sacré-Coeur.

Cantonné essentiellement dans les murs de cette école et avec de rares échappées dans les familles des trois jeunes protagonistes, Michel Lam se fait le témoin attentif de cette émancipation par la musique. Il nous démontre, sans avoir recours à la science des spécialistes ou au discours admiratif des parents, que cet éveil à la culture envahit de belle manière tous les aspects du développement de ces enfants; ceux-ci apprennent et cultivent avec la même ferveur le désir de dépassement et le sens de l'émerveillement. Cela ne devrait-il pas être la mission fondamentale de toutes les écoles que fréquentent les enfants du Québec? ... et la musique raconte, en filigrane, l'histoire d'un combat, celui d'élever les âmes plutôt que de niveler les esprits.

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Collaborateur du Devoir

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...et la musique

Réalisation, scénario et musique: Michel Lam. Image: Julien Fontaine. Montage: Marlene Millar. Québec, 2008, 74 min.

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