Histoire d'eau

The Pool s’inspire d’une nouvelle de Randy Russell qui se déroule aux États-Unis et maintenant transposée, avec la complicité de l’auteur, dans la petite ville de Panjim, dans l’État indien du Goa.
Photo: The Pool s’inspire d’une nouvelle de Randy Russell qui se déroule aux États-Unis et maintenant transposée, avec la complicité de l’auteur, dans la petite ville de Panjim, dans l’État indien du Goa.

Qu'il s'agisse d'un documentaire ou d'une fiction, l'ambition ultime du cinéaste demeure un peu toujours la même: raconter une histoire. À partir de là, le choix du sujet, la valeur des protagonistes, le rythme du récit et mille autres variables créent l'illusion du réel ou encore une réalité qui n'appartient qu'au cinéma.

L'Américain Chris Smith (The Yes Men, American Movie) ne cherche pas à renier son passé de documentariste dans The Pool, une première incursion du côté de la fiction mais n'affichant aucune rupture esthétique vraiment radicale. Il plonge ainsi dans un monde qu'il ne connaît pas (les Indes), engage des non-professionnels pour jouer plus ou moins leur propre rôle, et sa caméra, souvent portée à l'épaule, capte davantage les paysages que les visages.

The Pool s'inspire d'une nouvelle de Randy Russell qui se déroulait aux États-Unis et maintenant transposée, avec la complicité de l'auteur, dans la petite ville de Panjim, dans l'État indien du Goa. À l'heure de l'appauvrissement généralisé de la classe moyenne, cette histoire entre riches et pauvres, entre enfants de la rue et fille à papa, n'a rien perdu de sa pertinence en modifiant le décor, résolument exotique.

Le plus beau de tout est bien sûr cette piscine où son propriétaire (Nana Patekar) et sa fille Ayesha (Ayesha Mohan) ne pataugent jamais. Venkatesh (Venkatesh Chavan), un garçon ne craignant pas de cumuler les petits boulots, les espionne du haut d'un arbre, fasciné par cette enclave verdoyante et paradisiaque. Il réussit à attirer l'attention du maître des lieux et à jouer au jardinier, même s'il n'y connaît rien et s'il ne sait pas lire. Son camarade Jhangir (Jhangir Badshah), un orphelin débrouillard et déluré malgré son jeune âge, le met en garde contre ceux qu'il idolâtre. Et le fossé n'a jamais paru aussi grand avec Ayesha, une adolescente préférant se réfugier dans les livres plutôt que d'affronter les critiques de son père, et la réalité. Venkatesh va vite connaître les raisons de leurs disputes et devra aussi faire face à des choix difficiles, pour son avenir et pour celui de son entourage.

Chris Smith regarde de loin l'évolution des protagonistes, qu'ils soient comédiens amateurs ou stars de cinéma (comme Nana Patekar), refusant toute forme de sentimentalisme larmoyant. Cette position reflète aussi son rapport d'étranger face à la culture qu'il observe. C'est ce qui explique d'ailleurs son souci du détail anecdotique, particulièrement par rapport à la nourriture, avec aussi beaucoup de scènes de rue et de travaux ménagers, celles d'un monde qu'il ne peut contempler que de l'extérieur, ayant même avoué ne rien connaître de l'hindi, la langue de tous ses personnages...

Loin du côté flamboyant de Bollywood ou de l'exotisme bon teint d'une Mira Nair (Monsoon Wedding, Vanity Fair), The Pool affiche toutes les qualités, voire les limites du cinéma indépendant américain: un regard sobre, parfois pessimiste, sur des anti-héros rêvant de s'affranchir d'un milieu qui freine leur émancipation et bloque leur regard vers l'avenir. Et cette magnifique piscine symbolise tout autant l'aliénation de ses propriétaires que l'image d'Épinal de ceux qui manquent de tout dans cet immense pays, celui de tous les contrastes et de toutes les contradictions. Je parle bien sûr des Indes, mais il pourrait tout autant s'agir des États-Unis...

***

Collaborateur du Devoir

***

The Pool

Réalisation et image: Chris Smith. Scénario: Chris Smith et Randy Russell, d'après sa nouvelle.
Avec Venkatesh Chavan, Jhangir Badshah, Ayesha Mohan, Nana Patekar. Montage: Barry Poltermann. Musique: Didier Leplae, Joe Wong. États-Unis, 2007, 95 min.

À voir en vidéo