Les parents pas terribles

Antoine de Caunes et Aure Atika dans 48 heures par jour.
Photo: Antoine de Caunes et Aure Atika dans 48 heures par jour.

Rien ne va plus chez les Tellier. Bruno travaille sans arrêt et Marianne en a marre de se taper toutes les corvées.

Un jour, madame en a assez, façon Joanna Kramer, et invente de toutes pièces une mission au Japon afin de pouvoir se dévouer corps et âme à sa carrière stagnante après que monsieur a eu des années durant le champ libre pour en faire autant. Ce dernier, façon Ted Kramer, se retrouve donc coincé avec les petiots, dont on ne sait trop, au final, s'ils constituent un obstacle à l'épanouissement professionnel des parents ou une balise permettant à ces derniers de garder leurs valeurs à la bonne place.

De manière assez paradoxale, et pas qu'un peu agaçante, les auteurs évoquent sans cesse cette question mais semblent incapables de s'y coller. Ça, les scénaristes ne le tiennent pas de Kramer vs Kramer.

On ne se le cachera pas, les cinéphiles sont de moins en moins nombreux à se déplacer en salle pour aller voir du cinéma étranger et de répertoire, l'un n'allant pas forcément de pair avec l'autre. Les distributeurs ne renoncent pas — je salue et admire sincèrement leur travail et leur courage —, mais optent de plus en plus fréquemment pour une sortie directe en DVD. C'est particulièrement vrai pour le cinéma français, qui voit de bons titres privés d'un passage en salle. Dans ce contexte difficile, je m'explique mal l'arrivée sur les écrans de 48 heures par jour. Il ne s'agit nullement d'un navet, loin de là, mais d'une comédie brouillonne précédée d'échos vitrioliques — ça me chagrine de le constater, ils sont plutôt justifiés.

D'emblée, j'abordais le film avec enthousiasme. Bernadette Lafont, Catherine Jacob et Victoria Abril se donnant potentiellement la réplique? Preneur! Et puis, comme il s'agissait d'une première oeuvre, une certaine indulgence s'imposait. Mais il y a des limites, ai-je fini par me dire au bout d'une demi-heure de dialogues superficiels en quête d'un punch. Qu'une distribution aussi talentueuse (voir le générique plus haut) ne parvienne pas à faire prendre la sauce, cela est pour le moins révélateur. Cela dit, et bien qu'elle défende un cliché crasse (la carriériste en mal d'amour), Abril brille dans ses quelques scènes. Elle évoque sa vie personnelle et on se surprend à rêver que le film eût plutôt porté là-dessus. Pour le reste, on a droit à un défilé de lieux communs où s'agite une galerie de personnages stéréotypés: l'épouse de p.-d.g. alcoolo, la mère envahissante, la nourrice est-allemande baraquée comme un joueur de football (avec l'accent que vous imaginez), la collègue bonasse qui finit par se prendre en main, et tutti quanti.

Il y a quelques semaines, j'écoutais l'entrevue que Micheline Lanctôt accordait à Guy A. Lepage à Tout le monde en parle. La cinéaste et comédienne s'y prononçait entre autres sur la pression intenable que vivent selon elle les parents d'aujourd'hui. Je n'ai pas encore vu Suzie, son plus récent long métrage, mais le constat qu'elle a exprimé en quelques minutes était autrement plus éclairant — et éloquent — que celui que Catherine Castel met près d'une heure trente à rabouter.

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Collaborateur du Devoir

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48 heures par jour

Réalisation: Catherine Castel.

Scénario: C. Castel et Serge Adam. Avec Aure Atika, Antoine de Caunes, Victoria Abril, Catherine Jacob, Bernadette Lafont, Aurore Clément, Yves Jacques, Jean-Yves Chatelais. Direction photo: Antoine Roch. Musique: Jacques Davidovici. Montage: Marie Castro. France, 2009, 89 min.

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