Petit portrait d'époque

Alors que plusieurs cinéastes ne cessent de cultiver la nostalgie des années 1960 et 1970, narguant au passage ceux qui ont eu le malheur de naître pendant ou après cette époque supposément bénie, d'autres commencent à explorer la décennie qui suit, et d'une manière moins caricaturale que celle appliquée dans The Wedding Singer...

Nous prendrons garde ici de parler d'une vague mais, tout juste après Adventureland, de Greg Mottola, The Mysteries of Pittsburgh, de Rawson Marshall Thurber, ratisse le même territoire, et avec la même simplicité. Pour eux, l'essentiel n'est pas de reproduire la quincaillerie d'antan, mais de saisir le parfum de ce temps de consumérisme triomphant, et aussi d'espoirs parfois déçus. Ceci n'empêche pas les protagonistes d'aspirer à l'amour et à la liberté.

Dans The Mysteries of Pittsburgh, le cinéaste pousse l'ascétisme encore plus loin: mis à part quelques bagnoles et les précisions du narrateur (nous sommes à l'été 1983, souligne-t-il), bien malin celui qui pourrait mettre une date précise sur le temps du récit. Et c'est le dernier de ses soucis dans cette adaptation du premier roman de Michael Chabon, sorte de Jules et Jim de l'ère Reagan au coeur d'une ville industrielle aux abords pas très mystérieux. C'est pourtant là qu'Art (Jon Foster, propret, sans plus) va tenter de s'affranchir de son père (Nick Nolte, le choix évident), un puissant criminel pour qui il s'apprêter à travailler. Le jeune homme s'accorde toutefois quelques mois d'insouciance dans une librairie de livres d'occasion, au salaire minimum mais avec un bénéfice qui est loin d'être marginal: des parties de jambes en l'air avec la gérante aux quatre coins du magasin. Lors d'une soirée bien arrosée, il fait la connaissance de Jane (Sienna Miller, belle et rebelle), une violoniste séduisante et transparente; elle se plaît en sa compagnie mais ne lui cache pas qu'elle a un amant, Cleveland (Peter Sarsgaard, à la fois petit prince et bad boy). Le lendemain, celui-ci débarque devant Art comme un ange de la mort, simulant une jalousie maladive, mais il s'agit d'un jeu, celui du mensonge et de la séduction... peu importe qu'il soit devant une femme ou un homme. Avec ce couple étrange, Art va vivre un été inoubliable, rempli de surprenantes découvertes sur l'amour, le sexe, le monde des petits truands et un continent pas encore exploré: lui-même.

Dans The Mysteries of Pittsburgh, le cinéaste pousse l'ascétisme encore plus loin: mis à part quelques bagnoles et les précisions du narrateur (nous sommes à l'été 1983, souligne-t-il), bien malin celui qui pourrait mettre une date précise sur le temps du récit. Et c'est le dernier de ses soucis dans cette adaptation du premier roman de Michael Chabon, sorte de Jules et Jim de l'ère Reagan au coeur d'une ville industrielle aux abords pas très mystérieux. C'est pourtant là qu'Art (Jon Foster, propret, sans plus) va tenter de s'affranchir de son père (Nick Nolte, le choix évident), un puissant criminel pour qui il s'apprêter à travailler. Le jeune homme s'accorde toutefois quelques mois d'insouciance dans une librairie de livres d'occasion, au salaire minimum mais avec un bénéfice qui est loin d'être marginal: des parties de jambes en l'air avec la gérante aux quatre coins du magasin. Lors d'une soirée bien arrosée, il fait la connaissance de Jane (Sienna Miller, belle et rebelle), une violoniste séduisante et transparente; elle se plaît en sa compagnie mais ne lui cache pas qu'elle a un amant, Cleveland (Peter Sarsgaard, à la fois petit prince et bad boy). Le lendemain, celui-ci débarque devant Art comme un ange de la mort, simulant une jalousie maladive, mais il s'agit d'un jeu, celui du mensonge et de la séduction... peu importe qu'il soit devant une femme ou un homme. Avec ce couple étrange, Art va vivre un été inoubliable, rempli de surprenantes découvertes sur l'amour, le sexe, le monde des petits truands et un continent pas encore exploré: lui-même.

Impossible de voir en Pittsburgh la quintessence de la ville cinématographique. Or, dans ce film qui refuse la carte de la nostalgie (jusque dans la bande sonore, mis à part quelques relents de musique punk), cette cité anonyme représente tout ce qui semble étouffer ce trio infernal. La médiocrité à laquelle les trois tentent d'échapper transcende les époques, et leurs ambiguïtés — sexuelles pour certains — donnent à leur complicité, et à leurs escapades mouvementées, un cachet séduisant.

Même avec ce souffle de liberté, le cinéaste fait preuve d'une certaine retenue dans la description des aventures sexuelles des protagonistes (le roman a été écrit en 1988, le film tourné en 2008, d'où l'écart dans les audaces...), mais ce petit portrait d'époque prouve que la vie ne s'est pas arrêtée en 1980. Et que la jeunesse a continué à faire de gros pieds de nez au monde conformiste des adultes. Même celle de Pittsburgh.

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Collaborateur du Devoir

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The Mysteries of Pittsburgh
Réalisation et scénario: Rawson Marshall Thurber, d’après le roman de Michael Chabon. Avec Jon Foster, Peter Sarsgaard, Sienna Miller, Nick Nolte, Image: Michael Barrett. Montage: Barbara Tulliver. Musique: Theodore Shapiro. États-Unis, 2008, 96 min.

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