Déballages en tous genres

Il suffit de lire les biographies de stars, et celles de tous les grands cinéastes qui les ont fréquentées, pour savoir que leur vie n'est pas toujours une sinécure. Et que dire de toutes ces aspirantes qui rêvent d'atteindre les plus hauts sommets et s'époumonent à mi-parcours. Évidemment, à côté du Darfour et de la prison de Guantánamo, il faut savoir relativiser les tragédies...

C'est d'ailleurs ce que fait l'actrice et cinéaste Maïwenn dans Le Bal des actrices, une fantaisie sur la condition de toutes ses consoeurs parisiennes, des plus anonymes aux plus célèbres. Caméra numérique à la main, elle est partie en quête de leur intimité, et surtout de leurs confidences, celles qu'elles n'oseraient jamais déballer dans un talk-show. Or, non seulement plusieurs d'entre elles ouvrent la porte de leur maison ou de leur cour (chez Julie Depardieu, les poules courent partout!), mais aussi du cabinet de leur chirurgien esthétique, du studio de l'agence de casting ou encore d'un atelier de théâtre dirigé par une Christine Boisson qui en prend ici plein la gueule, gracieuseté d'une débutante hystérique (Karole Rocher).

Cadrages instables, images floues, montage hachuré: tout laisse croire qu'il s'agit là d'une véritable fenêtre sur le réel et, à ce jeu, Maïwenn remporte haut la main son pari. Toutes ces actrices semblent se livrer sans filtre et leur passé cinématographique cautionne parfaitement leurs affirmations. Qu'une Jeanne Balibar commence à en avoir marre de sa réputation d'intello ou que l'ex-mannequin Estelle Lefebure veuille montrer autre chose que son image de femme-objet, rien de plus vraisemblable. Et cette liste n'est en rien exhaustive tant le déballage de frustrations est imposant, et fort amusant. Mais d'autre part, qui pourrait croire aux prétentions hollywoodiennes d'une Karin Viard ou que Romane Bohringer est déjà à classer dans la catégorie «has been»?

En fait, l'histoire des unes est en partie le drame des autres, celles que l'on ne voit pas à l'écran — les amateurs de journaux à potins feront tous les recoupements possibles — et surtout de toutes les comédiennes, peu importe leur nationalité, qui doivent affronter les ravages du temps, les effets de mode, le poids des étiquettes (admirablement illustré par la «comique» Muriel Robin, qui flirte ici avec les «théâtreux»), les humiliations des auditions, etc. Car au-delà du parisianisme bon teint qui émane du film, c'est la grande jungle du cinéma que l'on découvre, très fournie en potins, vachement superficielle et faussement voyeuriste, surtout du côté de Maïwenn et de ses défis de conciliation travail, famille... et désirs sexuels.

De plus, comme il est difficile d'y échapper dans le cinéma français, elle s'égare à son tour dans les méandres colorés de la comédie musicale, autre prétexte à faire chanter des actrices qui devraient approfondir leur jeu plutôt que d'atrophier leurs cordes vocales. Certains numéros collent toutefois très bien à la personnalité de leur interprète, dont la toujours mystérieuse Charlotte Rampling, mais il s'agit surtout de parenthèses rigolotes entre deux moments de «vérité». Et c'est d'abord la vérité d'une cinéaste qui s'amuse à l'enrober de multiples et délicieux mensonges.

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Collaborateur du Devoir

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Le Bal des actrices

Réalisation et scénario: Maïwenn. Avec Maïwenn, Jeanne Balibar, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Charlotte Rampling. Image: Pierre Aïm et Claire Mathon. Montage: Laure Gardette. Musique: Gabriel Yared. France, 2009, 105 min.

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