Entre la pluie et le racisme

Jamel Debbouze, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dans Parlez-moi de la pluie
Photo: Jamel Debbouze, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dans Parlez-moi de la pluie

Le film de la Française Agnès Jaoui, Parlez-moi de la pluie, écrit à quatre mains avec son éternel compagnon Jean-Pierre Bacri, trace le portrait d'une féministe et femme de pouvoir, aux prises avec... la vie. Il sort sur nos écrans vendredi prochain.

Depuis le temps qu'ils font tandem à la vie comme à l'écran (avec quelques éclipses), le couple Jean-Pierre Bacri/Agnès Jaoui a semé bien des perles scénaristiques dans son sillage. Place à leur septième collaboration avec Parlez-moi de la pluie. Cuisine et dépendances, Un air de famille, On connaît la chanson, Smoking/No Smoking, etc. leur ont fait déjà récolter succès et moult César.

Agnès Jaoui est passée derrière la caméra avec Le Goût des autres, Comme une image, cette fois encore à travers

Parlez-moi de la pluie, mais coscénarisant toujours avec Bacri. Tous deux sont acteurs dans leurs films (sauf pour Smoking/No Smoking d'Alain Resnais). «Quand on l'a scénarisé, on pensait à tous ces bons dialogues qui nous échappaient, explique Bacri. Nous sommes des acteurs qui écrivons et on n'aime pas faire le gâteau pour les autres.»

Elle est à la fois grinçante et avenante, lui se pose en éternel bougon. En entrevue, ils passent leur temps à se contredire, spectacle divertissant et instructif, quoiqu'ils s'entendent également comme larrons en foire.

«Je suis mélancolique, décrète Agnès Jaoui. J'ai un goût pour la musique en mineur. Ça donne au film sa couleur. En fait, aujourd'hui, la femme n'a plus sa place, l'homme non plus. On reste accrochés à des structures archaïques. Dans le couple, on confond la possession et l'amour et personne n'arrive à s'épanouir. Et toute société, dont la famille est le microcosme, carbure à la discrimination, avec une favorite, un rejeté, un président...»

Pour Parlez-moi de la pluie, le couple avait envie de travailler avec l'humoriste Jamel Debbouze, leur ami depuis dix ans, qu'ils trouvaient drôle et attachant. «Le film est né de cette envie-là», explique Jean-Pierre Bacri. «Les conversations qu'il a dans le film sont souvent les mêmes que dans la vie, ajoute Agnès Jaoui. Il est le clown blanc alors que Jean-Pierre joue l'auguste.»

Jamel Debbouze, immense vedette en France, se dit content d'avoir pu aborder dans ce film, le racisme ordinaire, pernicieux, quotidien. «Je suis connu et je vis ce racisme tous les jours, dit-il. Mon personnage et celui de ma mère y sont confrontés tout au long du film.»

Ils s'éloignent de Paris, leur territoire d'élection, pour tourner en province. «On se méfie d'être enfermés dans un milieu bourgeois artiste, déclare Agnès Jaoui, mais on finit toujours par mettre des cinéastes, des gens du métier, ce qu'on connaît en somme.»

Ce film, plus mièvre que les précédents du tandem, autant le préciser, est l'histoire d'une féministe et femme politique, Agathe (Agnès Jaoui), de retour dans sa maison de jeunesse. Le fils de leur domestique Karim (Jamel Debbouze) et son ami (Bacri) tournent un documentaire sur elle, et rien ne va plus. Jean-Pierre Bacri voit le personnage d'Agathe comme une féministe étroite, insensible à tout autre type de souffrance. «Dans nos films, on s'amuse rageusement contre la norme, précise Jean-Pierre Bacri, fascinés de voir à quel point les gens sont des moutons. Une personne peut vivre toute sa vie sans avoir une seule idée personnelle, en roulant sur des préjugés reçus et acceptés, en se battant bec et ongles pour des théories forgées par d'autres.»

Agnès Jaoui aime mêler les non-professionnels aux acteurs consacrés. Mimouna Hadji (la servante dans le film, humiliée et acceptant son joug), travaillait pour des patrons qui avaient loué à Agnès une maison de campagne, et elle est restée à ses côtés, les deux étant devenues intimes. Son personnage était collé à ses confidences. Puis elle a accepté de jouer son propre rôle. Avec Jamel Debbouze (son fils dans le film), le courant passait.

«Le personnage de Mimouna, il fermera toujours sa gueule et courbera l'échine, affirme Jamel Debbouze. C'est générationnel. Nous, on est nés en France, on se bat, tout en n'étant chez nous nulle part. Mon rôle, Agnès et Jean-Pierre l'ont écrit en pensant à moi, avec un truc viscéral à raconter sur l'exclusion. Leur force, c'est l'amour, l'admiration réciproque qu'ils se vouent. Moi, être acteur n'est pas ma priorité, je préfère monter sur scène, mais ça me procure du plaisir, surtout quand j'ai la confortable occasion de dire quelque chose d'important.»

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