Entrevue - Une autre oeuvre de finesse signée Daniel Burman

Le cinéaste argentin Daniel Burman
Photo: Jacques Grenier Le cinéaste argentin Daniel Burman

L'excellent film du cinéaste argentin Daniel Burman Les enfants sont partis (El nido vacio) prend l'affiche vendredi prochain dans nos salles après avoir fait l'ouverture de Festivalissimo.

Il a 35 ans et se révèle aussi sympathique que talentueux. Ce porte-étendard de la Nouvelle Vague argentine, issu de parents juifs d'origine polonaise, roule en cinéma depuis 15 ans. On peut dire que tout lui réussit d'ailleurs puisque, en 1993, En que estacion estamos?, son premier film (un documentaire), avait obtenu une mention spéciale de l'Unesco. Deux ans plus tard, son premier long métrage de fiction, réalisé à 22 ans, Un crisantemo estalla en cinco esquinas, fit la route des festivals: de Berlin à Sundance, en passant par Montréal, San Sebastian et Chicago. Le Fils d'Élias, Ours d'argent à Berlin, fut sélectionné pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, tout comme Les Lois de la famille. Dès 1995, il fondait sa propre maison de production, BD Cine, qui produit deux ou trois films par année de jeunes cinéastes, très prolifiques en Argentine.

Daniel Burman a étudié le cinéma et le droit. «J'aime la loi. À nos émotions chaotiques, la loi oppose une logique», précise-t-il. Mais il lui a préféré le cinéma.

Passionné avant tout par l'intimité, la quête identitaire, les phases charnières de la vie, le jeune cinéaste nous arrive avec Les enfants sont partis, une oeuvre de finesse sur un couple en suspension après l'envol de sa progéniture. Le film donne la vedette à Cécilia Roth, l'actrice de Tout sur ma mère d'Almodóvar, et à Oscar Martinez, grand comédien argentin. De Cecilia Roth, il salue l'affectueuse ironie qui colore son jeu en lui conférant cette présence unique.

Son personnage principal quinquagénaire, Leonardo, habite ses fantasmes et dialogue avec un ami imaginaire. «Il mène, en fait, une double vie.» Ce couple dérive: elle s'étourdissant, lui se réfugiant dans son monde. Daniel Burman trouve la vie intérieure, tissée de fantasmes et seule façon de s'évader, beaucoup plus riche et intéressante que le cours extérieur de l'existence.

«La famille, c'est le noyau dur, dit-il. Quand vous rencontrez la famille de quelqu'un, vous comprenez tout.» Aux grands drames tonitruants, il préférera toujours les portraits intérieurs.

«Le cinéma est trop souvent noir ou blanc, alors que la vie nage en des eaux plus subtiles», estime-t-il. Les repères de ses films sont une série de signes, disséminés, ouvrant sur l'ailleurs. «Mes films demandent beaucoup d'attention aux spectateurs. S'ils laissent échapper une scène, ils peuvent perdre le fil.»

À certains moments dans Les enfants sont partis, des épisodes plus surréalistes, avec numéros chantés, viennent accentuer l'action. «Parfois, les dialogues ne traduisent plus la sensation de confusion, affirme le cinéaste. Or cette confusion est une partie du spectacle.»

Le poids des attentes

Daniel Burman, après ses deux nominations aux Oscar, fiertés de l'Argentine, et le succès de ses films, sent le poids des attentes lorsqu'il lance un nouveau long métrage.

«Au fond, j'aime mieux écrire les scénarios que tourner les films, avoue-t-il. C'est tellement lourd, la structure d'un plateau, avec 80 personnes à mes côtés pour capter un détail. Car ,entre une prise et une autre, il y a un monde. Parfois, j'ai besoin de 20 ou 30 prises pour traduire l'image que j'ai en tête.»

À la fin des Enfants sont partis, le couple part rendre visite à sa fille en Israël. Mais Daniel Burman refusait de montrer des enfants palestiniens sans bras ou autres horreurs. Un avion de combat passe dans le ciel, un fusil se profile, le Mur est là, comme une cicatrice. Des signes, encore...

Son prochain film, il le fera en partie au Québec, dans un an, en coproduction avec la maison Virages. Ça se déroulera à la chute Montmorency, près de Québec, avec l'histoire d'un homme divorcé qui vient à Montréal pour se faire faire une vasectomie, opération illégale en Argentine, et retrouve son premier amour.

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