Cavalière apocalypse

Nicolas Cage dans Prédictions
Photo: Nicolas Cage dans Prédictions

«Est-ce la main de Dieu ou celle du Malin?», se demandait Barbara. Eh bien, ni l'un ni l'autre: c'était celle des extraterrestres. Mais sérieusement, la ritournelle de l'immortelle chanteuse m'a bel et bien traversé l'esprit en quittant la salle de cinéma. Drôle d'amalgame de pensées croisées et d'interrogations frustrées que celui qui s'est formé dans mon cerveau pendant la projection de Knowing. Car j'ai eu le temps de penser tout mon soûl, ce film de science-fiction ayant définitivement perdu tout intérêt après un virage marqué du côté de la religion. Non que je condamne la chose, loin de là. Un peu de subtilité dans l'étalage des symboles aurait été appréciée, simplement: Ezechiel, les cavaliers de l'Apocalypse, l'arche de Noé, Adam et Ève, le jardin d'Éden, l'arbre de vie (ou de la connaissance du bien et du mal, selon votre humeur)... Mes lointains cours de catéchèse m'auront servi à quelque chose!

Dans une petite école primaire de la banlieue de Boston, les élèves sont fébriles. Et pour cause: on s'apprête à mettre en terre une capsule scellée contenant leurs dessins représentant leurs visions du futur. C'était en 1959. Un après-midi similaire, de nos jours: les élèves du même établissement sont tout excités. Et pour cause: on va leur distribuer le contenu de la capsule fraîchement exhumée. Caleb est plongé dans la perplexité quand, en lieu et place d'un dessin, il se retrouve avec une feuille noircie de chiffres. Heureusement, papa est astrophysicien (Nicolas Cage, plus Next que Leaving Las Vegas même s'il joue un alcoolo mélancolique). La scène visant à présenter ce personnage donne plusieurs clés pour la suite, soit dit en passant. Bref, papa craque le code et constate que le document a prédit, et continue de prédire, des catastrophes. Re-bref, la fin du monde est à nos portes.

À mesure qu'approchait le dénouement, je ne trouvais plus d'inquiétant au film que son approche grandiloquente. Exit la métaphore, l'allégorie: les secrets de la Création nous sont révélés sans une once de subtilité, de poésie. Oui, je sais: il s'agit d'un «film de genre», d'un «divertissement», d'un «blockbuster». À cela je réponds: Close Encounters of the Third Kind. Pour toute l'atmosphère qu'il parvient à créer pendant la première partie du film, Proyas (le réalisateur de Dark City, quand même!) aurait gagné à étudier son Spielberg 101 pour la suite. Certaines scènes laissent pourtant entrevoir un autre film, peut-être plus intrigant celui-là, qui sait, mais qui n'aura pas survécu aux réécritures et autres impondérables des studios. Tel quel, Knowing se révèle une bien insignifiante vision propre à faire trépigner de joie les créationnistes de ce monde. Certes, Dieu s'y révèle un extraterrestre, mais bon, il en fallait bien un pour qu'on puisse encore parler de science-fiction!

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Collaborateur du Devoir

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Prédictions (Knowing)

Réalisation: Alex Proyas. Scénario: Ryne Pearson, Juliet Snowden et Stiles White. Avec Nicolas Cage, Rose Byrne, Chandler Canterbury, Lara Robinson, Ben Mendelsohn, Nadia Townsend. Direction photo: Simon Duggan. Musique: Marco Beltrami. Montage: Richard Learoyd. États-Unis, 2009, 115 min.