Cinéma - Pour adultes consentants

Julia Roberts et Clive Owen dans Duplicity, de Tony Gilroy
Photo: Julia Roberts et Clive Owen dans Duplicity, de Tony Gilroy

D'entrée de jeu, un constat: Hollywood n'avait pas produit de divertissement aussi adulte et sexy depuis le remake de The Thomas Crown Affair avec Renée Russo et Pierce Brosnan en 1999. De fait, la première chose qui frappe devant Duplicity, le deuxième long métrage du très doué Tony Gilroy (après l'excellent Michael Clayton), c'est la complexité de l'intrigue, la qualité du langage et la finesse de la mise en scène. Trois facteurs qui ne sont pas perçus comme des gages de succès dans l'espace de création hollywoodien. Ajoutez à cela le fait que Julia Roberts et Clive Owen, aussi agréables à regarder soient-ils, ont franchi le cap de la quarantaine, et vous avez devant vous ce que les banquiers et autres comptables de la culture appellent un film à risque.

Qu'à cela ne tienne, celui qui a signé les scénarios des Bourne et de Dolores Claiborne, entre autres, entend visiblement rameuter un public plus exigeant et plus mature en âge, qui peut-être a vu Pretty Woman au cinéma et, de mémoire plus récente, chérit le souvenir du tandem Roberts-Owen dans Closer de Mike Nichols. Bref, un auditoire négligé par la machine multiplexe (qui carbure au jeunisme et à la sottise), rarement exposée à ce genre de thriller d'espionnage dense et complexe, au scénario en forme de poupées gigognes, prétexte à un très amusant pas de deux.

À première vue, la géométrie de l'affaire est assez simple. Au sommet: deux p.-d.g. concurrents de compagnies pharmaceutiques, qui se détestent souverainement et le montrent, comme en témoigne la séquence d'ouverture, filmée au ralenti, où les deux hommes (Paul Giamatti et Tom Wilkinson) s'empoignent sur la piste, devant leurs jets privés prêts à décoller, sous le regard de leurs équipes respectives. Plus bas: deux espions, elle (Roberts) travaillant pour l'un, lui (Owen) éventuellement à la solde de l'autre. Ils se sont connus autrefois à Dubaï, elle l'avait escroqué magistralement; il en garde un souvenir amer et savoureux. Ils remettent ça à visage découvert à Rome, où après trois jours de couchette ils font germer un plan d'escroquerie majeure, qu'ils mettront deux ans à peaufiner.

Duplicity repose avant tout sur la chimie entre Owen et Roberts. En d'autres mots, sur du béton. Ça repose ensuite sur les petits mensonges et les trahisons, bref sur le manque de confiance qui, curieusement, soude l'un à l'autre ces traîtres menteurs et incrédules. Le scénario de Gilroy exploite habilement ce filon, tissant chemin faisant une intrigue accessoire, qui sert presque uniquement à fournir un dénouement au film, accessoirement à dénoncer les magouilles industrielles et la perversion des p.-d.g. aux parachutes dorés.

Gilroy n'invente rien. Mais sa mise en scène, si gracieuse en fait qu'on la voit à peine, met en valeur deux vedettes charismatiques au sommet de leur art, elle quasiment Hepburn, lui carrément Grant. Les films qui reposent sur des vedettes sont légion. Les films qui reposent sur des vrais personnages joués par des vedettes sont beaucoup plus rares. Duplicity en est un.

***

Collaborateur du Devoir

***

Duplicity

Écrit et réalisé par Tony Gilroy. Avec Julia Roberts, Clive Owen, Tom Wilkinson, Paul Giamatti. Image: Robert Elswit. Montage: John Gilroy. Musique: James Newton Howard. États-Unis, 2009, 122 min.

À voir en vidéo