Rendez-vous manqué

Le Bonheur de Pierre endosse les préjugés éculés sur les Québécois, comme sur les Français, et en perd ses gags.
Photo: Le Bonheur de Pierre endosse les préjugés éculés sur les Québécois, comme sur les Français, et en perd ses gags.

Voici une comédie qui enfile des éléments de La Grande Séduction et de Bienvenue chez les Ch'tis en sens inverse... Procédé casse-gueule qui ne portera pas de bons fruits. Ce film de Robert Ménard endosse les préjugés éculés sur les Québécois, comme sur les Français, et en perd ses gags. Les admirables paysages hivernaux de Sainte-Rose-du-Nord ne sauveront pas la mise, hélas!

Le noyau de l'intrigue est simple: Pierre (Pierre Richard), un physicien qui rêve de grands espaces, convainc sa fille Catherine (Sylvie Testud), hautaine journaliste de mode, de venir vivre un an à Sainte-Simone-du-Nord, où une vieille tante défunte leur a légué son auberge. Mais les habitants, manipulés par le maire (Rémy Girard) qui veut acheter l'auberge en question, les persécutent avec une méchanceté sans nom, les privent de tout, etc. Non seulement les Saguenéens du trou perdu sont-ils désagréables, mais ils savent à peine s'exprimer et se révèlent des ignorants finis.

Père et fils du Français Michel Boujenah s'était aventuré dans des eaux similaires de Français séjournant au Québec, sans parvenir à éviter les pièges de la condescendance. Mais ici, le gouffre s'est accentué. Ça prenait des Québécois pour décrire leurs compatriotes comme de pareils demeurés. Rien pour redorer le blason national dans l'Hexagone. Mais le duo de Français ne s'aventure pas hors des clichés non plus: paternaliste pour le personnage de Richard, pourtant «Jos bon temps», dédaigneuse et harpie pour celui de Catherine.

Il y avait déjà des problèmes dans la proposition de départ. Car trop de personnages antipathiques dans une comédie nuit à l'identification des spectateurs. Le scénario ne trouve pas son allant. Et l'auberge au coeur du film ne servira jamais d'auberge... Symbole du rendez-vous manqué.

Robert Ménard avait sous la main une équipe hors pair de comédiens, mais leurs profils furent brossés à la caricature. Le héros rêveur (Pierre Richard) évolue dans sa bulle comme un Alexandre le Bienheureux, imperméable aux affronts et aux attaques alors que tout se lézarde autour de lui. Il joue dans son propre film, finalement, avec ses ressorts comiques personnels, qui parfois font mouche. On comprend Rémy Girard d'aimer jouer un vrai méchant, lui surtout abonné aux rôles de bon gars, mais fallait-il que son personnage soit si longtemps monolithique? Louise Portal est confinée à une prestation de sotte «habitante» incapable de contrecarrer son mari. Ça joue gros dans ce film. Très.

En fait, seul Jean-Nicolas Verreault, dans la peau du dernier amant romantique, hérite d'un rôle humain et nuancé, qu'il rend avec sensibilité. Car Sylvie Testud, en Catherine, seul personnage vraiment lucide, est si longtemps désagréable, et le jeu de l'actrice si outrancier, qu'elle désole ses admirateurs.

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Le Bonheur de Pierre

Réalisation: Robert Ménard. Scénario: Guy Bonnier, avec Christophe Dutheron, Benoît Pelletier, Michel Icart. Avec Pierre Richard, Rémy Girard, Sylvie Testud, Patrick Drolet, Jean-Nicolas Verreault, Louise Portal, Gaston Lepage, Diane Lavallée.

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