Le choc de l'art

Émile Proulx-Cloutier et Anaïs Barbeau-Lavalette
Photo: Jacques Grenier Émile Proulx-Cloutier et Anaïs Barbeau-Lavalette

Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier présentent leur touchant documentaire Les Petits Géants, sur des écoliers d'un quartier défavorisé de Montréal montant un opéra de Verdi, film qui clôturera les 27es Rendez-vous du cinéma.

Samedi soir, au beau cinéma Impérial, les petits héros de ce documentaire et des artistes de l'Opéra de Montréal seront sur scène pour accompagner la projection des Petits Géants, aux côtés des réalisateurs, bien entendu. Une représentation à laquelle le grand public est convié, sur achat de billets.

Anaïs Barbeau-Lavalette est la cinéaste du Ring et de documentaires engagés. Émile Proulx-Cloutier, également comédien, réalisait le troublant court métrage Les Réfugiés, en nomination aux Jutra. Mais Les Petits Géants est le fruit d'une aventure réalisée à quatre mains. Leur aventure? Oui et non. Car le couple a enfourché le projet d'une école du sud-ouest de la métropole, où la pauvreté côtoie les réalités de l'immigration. Des enfants de 5e et de 6e année furent invités à livrer en spectacle de fin d'année, en danse, en musique et en jeu, Le Bal masqué de Verdi, monté en parallèle à l'Opéra de Montréal, qui poussera à la roue pour les aider. Du début de septembre 2007 à juin 2008, les cinéastes se sont insérés dans cette première rencontre de l'art, vrai choc culturel.

À hauteur d'enfants

«Ça ne repose sur rien, un projet comme ça, explique Anaïs. On ne sait pas comment il va se dérouler, quels enfants on aura envie de suivre et où ils nous mèneront. Mais on savait qu'il s'agissait d'une grande aventure humaine, même si le spectacle devait être raté, ce qui ne fut pas le cas. On avait surtout peur du côté "cute" du projet, car nous voulions à tout prix éviter l'aspect disneyien.»

Ils ont tourné 65 % des images eux-mêmes, pour se faire le plus discrets possible, et les 126 heures de captation réclamèrent un immense travail de montage en aval.

Très tôt, Anaïs et Émile ont pris une décision: tourner à hauteur d'enfants, sans mettre les adultes au premier plan, sans demander d'avis de psychologues ou d'instituteurs.

On se retrouve dans l'univers du Ring, long métrage d'Anaïs Barbeau-Lavalette, qui suivait également des jeunes du Montréal de la zone. Mais la mosaïque culturelle est différente, et le documentaire remplace ici la fiction. Cent enfants furent mis à contribution pour le spectacle.

«Ces enfants ne connaissaient pas le do, ré, mi, explique Émile. On a assisté à leur apprentissage des outils, mais surtout on s'est attachés à cinq d'entre eux, pour suivre leur parcours à l'extérieur.»

Deux petits musiciens et trois acteurs sortent de l'école pour entraîner le spectateur dans les rues du quartier, dans leurs appartements, auprès de leurs parents. On rencontre le petit Maxime, vivant en foyer d'accueil, si angoissé de voir rarement son père. Aussi Éric, timide, mal dans sa peau, chargé d'incarner le roi dans Le Bal masqué, mais trouvant la couronne difficile à assumer. Et puis le brillant Partheepan, originaire du Sri Lanka, doué de la classe en français et qui traduit les propos de sa mère unilingue tamoule. Également Jimmy et Pierre-Chistopher, qui s'initient au piano.

Les Petits Géants culminera sur la représentation finale. «Certains parents n'avaient jamais mis les pieds dans une salle de spectacle, explique Anaïs, et cherchaient la scène à la salle Jean-Grimaldi. Les enfants ont tous été transformés par l'aventure, mais Partheepan aurait voulu que ça ne finisse jamais, tant ça l'avait rendu heureux.»

Les Petits Géants sera présenté à Télé-Québec et à Artv, dans une version de 52 minutes, mais aussi en salle à travers sa version long métrage (75 minutes) présentée samedi aux Rendez-vous.

Entre autres projets — elle publie un premier roman: Boxing Day —, Anaïs s'envole bientôt vers la Palestine pour réaliser le making of d'Incendies, le film de Denis Villeneuve tiré de la pièce de Wajdi Mouawad.