Du bonbon pour les yeux

Mia et le Migou est un film d’animation qui porte une vraie signature visuelle, celle d’un auteur.
Photo: Mia et le Migou est un film d’animation qui porte une vraie signature visuelle, celle d’un auteur.

Vous vous souvenez de La Prophétie des grenouilles? Non, il ne s'agissait pas d'une parodie de Magnolia mais plutôt d'un charmant film d'animation français. Jacques-Rémy Girerd présentait là son premier long métrage. Il aura mis cinq ans à concevoir, réaliser et peaufiner son film suivant, Mia et le Migou. Des années mises à profit.

Dès la séquence d'ouverture, on comprend qu'on aura droit à une animation hors modes. On sent le trait; le ciel exhibe ses coups de pinceau. Et c'est beau. Pourtant, cet homme à l'écran ne semble guère sensible aux splendeurs discrètes qui l'entourent. Lui, c'est Pedro. Il travaille ici, en haut de la montagne. Il creuse un tunnel afin de rendre accessible à un promoteur sans scrupules le dernier coin de paradis sur terre. Mais Pedro n'a pas la tête au travail. Sa fille Mia lui manque. Et c'est réciproque, car loin, très loin dans le village déserté, la petite s'ennuie terriblement. À tel point qu'elle décide de partir le rejoindre. Entre-temps, un terrible accident est survenu au chantier. On parle d'une malédiction, de monstres...

Les préoccupations du cinéaste, on s'en aperçoit, demeurent similaires d'un film à l'autre: l'innocence de l'enfance mise à mal par la bêtise des adultes; une nature belle mais fâchée, menacée — et saccagée — par ces derniers; la solidarité qui a raison de tous les maux, etc. Les cyniques auront d'emblée compris que ce conte à forte connotation écologique n'est probablement pas pour eux. De fait, les enfants de plus de dix ans rouleront peut-être des yeux lors de quelques tirades frôlant le prêchi-prêcha.

Cela dit, les personnages sont franchement attachants en plus d'être campés avec aisance par des comédiens manifestement au diapason des intentions de Girerd. Et ces images! Merveilleuses! Les personnages eux-mêmes ont un côté minimaliste, mais distinctif, singulier; les arrière-plans d'inspiration impressionniste vibrent des couleurs chatoyantes d'une palette riche. Du bonbon pour les yeux. Tant et si bien qu'au final, les plus vieux succomberont sans doute eux aussi au charme du film (pour peu que vous n'attendiez pas d'eux qu'ils le reconnaissent, évidemment). Chapeau, enfin, à Serge Besset pour sa musique, qui accompagne fort joliment l'action.

Voilà un film d'animation qui porte une vraie signature visuelle, celle d'un auteur. Ses tableaux, beaucoup plus complexes qu'il n'y paraît à première vue, profitent bien d'une projection sur grand écran, là où je vous suggère de voir Mia et le Migou.

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Collaborateur du Devoir

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Mia et le Migou

Réalisation : Jacques-Remy Girerd. Scénario: J.-R. Girerd, Antoine Lanciaux, Louri Tcherenkov, Benoît Chieux. Avec les voix de Garance Lagraa, Charlie Girerd, Dany Boon, Pierre Richard, Miou-Miou, Yolande Moreau, Jean-Pierre Coffe, Romain Bouteille, Jean-François Derec. Musique: Serge Besset. Montage: Hervé Guichard. France. 2008. 92 min.

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