Allers-retours épurés

Eugénie Beaudry dans le long métrage Demain.
Photo: Eugénie Beaudry dans le long métrage Demain.

Les critiques anglo-saxons aiment à qualifier certains films de «pédestres». Pour leur rythme lent, le plus souvent, mais aussi pour le faible degré de difficulté, en apparence du moins, de leur proposition. En dépit de qualités évidentes, Demain, premier long métrage de Maxime Giroux, mérite l'étiquette.

D'une part parce que dans la durée, le scénario de Giroux et son complice Alexandre Laferrière, axé sur les silences, les non-dits, les gestes banals du quotidien et les développements psychologiques subliminaux, manque de souffle, d'intensité et aurait été mieux servi sous forme de court métrage. D'autre part parce que le parti pris discret du cinéaste, en faveur d'une approche étirée, détachée et quasi contemplative du sujet, trahit un manque d'ambition et freine l'adhésion.

Le titre, Demain, constitue en lui-même une des nombreuses licences poétiques de ce film sculpté dans le silence. Giroux nous fait observer les allers-retours d'une jeune professionnelle (excellente Eugénie Beaudry) entre son amant distant auquel elle s'attache presque malgré elle (Guillaume Beauregard) et son père atteint d'un diabète sévère (Serge Houde), dont elle prend soin, et qui semble vouloir détacher les dernières amarres qui le rattachent à la vie.

Conversations minimalistes et dialogues épurés forment l'essentiel de ce Demain inabouti, néanmoins prometteur. En effet, le climat lourd nous fait continuellement sentir l'appel meurtrier du vide. Les compositions picturales, bien calibrées, nous en apprennent davantage sur les personnages que ce que leurs mots ou gestes communiquent. En outre, le cinéaste oppose avec une relative subtilité la campagne du père, avec sa modestie des formes et son communautarisme un brin étouffant, et la banlieue de sa fille, neuve, monotone, où comme les autres, cette dernière vit si détachée de l'expérience humaine que la tendresse brutale d'un «bum» lui fait l'effet d'une bouffée d'oxygène.

Par-dessus tout, Demain, qui s'annonce dans les premières scènes comme un Looking for Mr Goodbar, maintient tout du long un certain sentiment de danger et d'appréhension, un peu comme l'a fait avec plus de doigté et de puissance Cristian Mungiu dans 4 mois 3 semaines et 2 jours. Vous l'aurez sans doute compris: Demain appartient à cette catégorie de films dont on voudrait coucher l'auteur sur le canapé d'un psy. C'est bien? C'est mal? À vous de juger. Mais de préférence, allez-y à pied. Le choc de la lenteur vous paraîtra moins grand.

***

Collaborateur du Devoir

***

Demain

De Maxime Giroux. Avec Eugénie Beaudry, Serge Houde, Guillaume Beauregard, Francis La Haye. Scénario: Alexandre Laferrière, Maxime Giroux. Image: Sara Mishara. Montage: Mathieu Bouchard-Malo. Québec, 2008, 98 minutes.

* V.o.: Ex-Centris.