Compressions en tous genres

New in Town tient pour moitié d’un Bienvenue chez les Ch’tis à la sauce yankee, pour l’autre d’une parabole sur la foi et la persévérance des ouvriers d’usine à l’heure de la robotisation et des compressions de personnel.
Photo: New in Town tient pour moitié d’un Bienvenue chez les Ch’tis à la sauce yankee, pour l’autre d’une parabole sur la foi et la persévérance des ouvriers d’usine à l’heure de la robotisation et des compressions de personnel.

Que le Danois Jonas Elmer soit parvenu à rendre frais un scénario aux développements aussi téléphonés que celui de New in Town tient presque du miracle. Sa comédie, sociale, sentimentale, fondée sur la personnalité vive de Renée Zellweger, tient pour moitié d'un Bienvenue chez les Ch'tis à la sauce yankee, pour l'autre d'une parabole sur la foi et la persévérance des ouvriers d'usine à l'heure de la robotisation et des compressions de personnel.

C'est le sort qui guette ceux d'une petite municipalité mono-industrielle du Minnesota — du genre de celles où les frères Coen ont leurs racines —, où tous les habitants parlent avec l'accent de Frances McDormand dans Fargo. La ville est plongée dans un blizzard digne du Yukon lorsque débarque Lucy Hill (Renée Zellweger), «nettoyeuse» de service envoyée par le bureau-chef de Miami pour faire appliquer dans son usine yogourtière des mesures qui vont mettre en péril l'économie du patelin et les vies de dizaines d'employés.

New in Town étant un «boy meets girl», son adversaire du syndicat, je vous le donne en mille, est veuf et, c'est donné plus que démontré, à croquer (le rôle est joué par Harry Conick Jr.). La relation amoureuse possible et les projets de compressions probables avancent parallèlement, jusqu'à la collision attendue, après quoi le scénario fait trois bonds avant de se poser pour conclure, pile à l'endroit où on l'attendait.

Traduit en français sous le titre vraiment idiot de Casque et talons hauts, le film d'Elmer ne réinvente pas la roue, mais sa mise en scène vivante ainsi qu'une série de gags inattendus et de petits détails savoureux à un cheveu de la vulgarité agrémentent considérablement le séjour. Toutes les causes, du reste, sont entendues d'avance. La carriériste célibataire et solitaire a tout faux, les ouvriers généreux et solidaires, adeptes de Budweiser et de «scrap-booking», sont authentiques. Sans sonner la révolution, le film suggère que le destin des petites villes repose aussi entre les mains des ouvriers qui font rouler leur économie, et que les initiatives peuvent, et doivent, émerger localement pour faire face à la crise. Cela étant dit, bien entendu, avec une joyeuse naïveté et en balayant sous le tapis toutes les questions complexes et épineuses. Mais bon, c'est l'intention qui compte et celles de New in Town sont tout sauf malhonnêtes.

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Collaborateur du Devoir

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New in Town

De Jonas Elmer. Avec Renée Zellweger, Harry Conick Jr., J. K. Simmons, Siobhan Fallon Hogan, Frances Conroy, Mike O'Brien. Scénario: Kenneth Rance, C. Jay Cox. Image: Chris Seager. Montage: Troy Takiki. Musique: John Swihart. États-Unis, 2009, 96 min.

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