Un Hostel catho

Dans Martyrs, une jeune femme armée fait irruption chez une famille, croyant reconnaître dans le mari et son épouse les bourreaux qui l’ont torturée dans son enfance.
Photo: Dans Martyrs, une jeune femme armée fait irruption chez une famille, croyant reconnaître dans le mari et son épouse les bourreaux qui l’ont torturée dans son enfance.

En lisant le résumé inclus dans le dossier de presse du film Martyrs, j'ai tout de suite pensé à La Jeune Fille et la mort, pièce d'Ariel Dorfman et film de Roman Polanski. Celui de Pascal Laugier prend pour postulat une jeune femme armée qui fait irruption chez une famille apparemment sans histoire, croyant reconnaître dans le mari et son épouse les bourreaux qui l'ont torturée dans son enfance.

Le film présenté ainsi, la parenté des prémisses entre les deux oeuvres est manifeste. Or voilà, là où la première exploite avec finesse une situation riche de potentialités, la seconde lance des pistes, bifurque, s'égare puis s'écroule. Dommage, vraiment, car Martyrs intrigue, de prime abord. Un prologue bien troussé suscite l'intérêt. On assiste ainsi à l'évasion d'une gamine d'un vaste entrepôt désaffecté puis à sa pénible réadaptation dans un centre pour jeunes filles victimes de maltraitance (on songe à Saint Ange, oeuvre précédente de Laugier). Nous sommes en 1971 et le réalisateur a eu l'idée heureuse de filmer ce passage comme un vieux home movie. Des ambiances prenantes de réalisme crasse puis d'onirisme inquiétant sont ainsi créées. Quinze ans plus tard, le traitement visuel se fait plus naturaliste pour une scène familiale de petit-déjeuner: frérot taquine soeurette, papa demande des comptes à fiston, maman prend le parti du premier... puis tout bascule.

J'aurais voulu aimer davantage ce drame d'horreur trop inégal. À l'heure où ce genre — pour lequel j'ai beaucoup d'affection — est sclérosé par une pléthore de mauvais remakes d'oeuvres-cultes (Texas Chainsaw Massacre, Halloween, My Bloody Valentine et bientôt Friday the 13th et Last House on the Left) ou de films asiatiques (The Ring, The Grudge, Shutter et bientôt, sous le titre The Uninvited, A Tale of Two Sisters), Martyrs, d'après un scénario original (enfin!), laissait présager de bien bonnes choses. Certaines surviennent, mais pas assez.

À la caméra, Laugier est irréprochable et propose des cadrages expressifs. Les différents aspects plus techniques, tels les nombreux maquillages gore, sont impressionnants. Morjana Alaoui et Mylène Jampanoï sont en outre très persuasives. Les ennuis commencent vraiment quand le scénario délaisse la névrose de la seconde au profit des mésaventures de la première. Frontale, sanguinolente, mais empreinte d'une certaine ambiguïté, l'action évoque d'abord le ton et la manière de Haute tension, d'Alexandre Aja, avant de sombrer dans les mêmes affres de complaisance que les deux imbuvables Hostel, d'Eli Roth. À ce stade, les différents retournements ont conduit le récit sur une avenue vaguement ésotérique qui ne convainc guère. C'est ambitieux, certes, mais la quantité effarante d'illogismes nécessaires à la progression narrative achève de tuer le potentiel du film. Je vous en épargne la liste, par égards pour ceux qui choisiront néanmoins de lui donner sa chance.

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Collaborateur du Devoir

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Martyrs

Scénario et réalisation: Pascal Laugier. Avec Morjana Alaoui, Mylène Jampanoï, Catherine

Bégin, Patricia Tulasne, Robert Toupin, Juliette Gosselin, Xavier Dolan-Tadros, Isabelle Chassé. Photographie: Stéphane Martin, Nathalie Moliavko-Visotzky.

Montage: Sébastien Prangère. Musique: Alex et Willie Cortés. France-Québec, 2008, 97 min.

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