Larmoyant dédale

L'art du mélodrame repose sur un savant dosage d'événements plus ou moins tragiques ponctués par une musique de circonstance téléguidant les émotions du spectateur. Or la science de cet art relève souvent de l'alchimie...

Devant South of the Moon, on découvre assez vite que le réalisateur Antonio DiVerdis a voulu jouer à l'apprenti sorcier, cherchant à maîtriser tous les ingrédients du genre. Issu du milieu musical, à la fois comme auteur-compositeur-interprète et réalisateur de vidéoclips, il accorde une grande importance à la musique: certains personnages ont presque toujours une guitare en bandoulière et, peu importe l'intensité dramatique, une chanson tire-larmes ou une quelconque ritournelle vient sans cesse faire tapisserie. Ou nous dire quand sortir notre mouchoir.

Cette décoration sonore opulente tranche avec la grisaille de ce milieu banlieusard vaguement montréalais, enrobé d'une persistante lourdeur hivernale. Elle est d'ailleurs en parfaite adéquation avec l'humeur des personnages, pour la plupart des êtres tourmentés par le passé, pour ne pas dire emmurés dans leurs souvenirs. Même le jeune Coleman (Jake McLoed) semble contaminé par cette atmosphère, faisant des rêves étranges autour d'une femme qu'il ne connaît pas et cherchant à fuir des parents qui ont du mal à se voir en peinture. C'est chez son oncle Matt (John Ralston) qu'il trouve un certain réconfort, musicien bohème porté sur la bouteille — ses racines irlandaises ne sont qu'une partie de l'explication... — et très fuyant devant les questions de son neveu sur ses amours d'antan. Ce qui ne l'empêche pas de se remémorer les moments forts, et douloureux, de sa relation avec Mary (Moya O'Connell), une belle Irlandaise qui va prolonger son séjour à Montréal pour lui. Après le départ de Coleman pour Vancouver avec l'équipe canadienne olympique de natation, cette absence fait éclater le dernier verrou d'un secret jusque-là bien gardé.

Avant d'en arriver à cette révélation qui n'en sera une que pour certains personnages, et encore, South of the Moon nous entraîne dans un dédale de situations larmoyantes, tels l'alcoolisme, la violence conjugale, le taxage à l'école et autres vicissitudes de l'adolescence. Autant de petites tragédies qui s'amoncellent et finissent par neutraliser l'émotion plutôt que de l'amplifier, cette abondance embourbant un récit déjà lourd de symboles vaporeux et de revirements trop tragiques pour vraiment surprendre ou émouvoir.

Au milieu de ce fatras mélodramatique, les acteurs surnagent comme ils peuvent, avec une sincérité évidente chez les adultes et une bonne volonté manifeste de la part des adolescents, surtout Jake McLoed, parfois placé dans des situations à caractère sexuel quelque peu ridicules. Ces petites notes scabreuses seraient plus facilement pardonnables si South of the Moon gardait le cap: vers une certaine cohérence narrative et une plus grande rigueur dans le déballage des sentiments.

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Collaborateur du Devoir

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South of the Moon

Réalisation: Antonio DiVerdis. Scénario: Antonio DiVerdis, Stephen Ryder. Avec John Ralston, Jake McLeod, Moya O'Connell, Daniel Richard Giverin. Image: Bruno Philip. Montage: David Di Francesco. Musique: Silent Blue. Québec, 2008, 108 min.

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