Oscars 2009 - Un cru honorable

Déception! Le beau film du Montréalais Benoît Pilon, Ce qu'il faut pour vivre, présent sur la courte liste des favoris pour le meilleur film en langue étrangère, n'est pas finaliste aux Oscars. Et pan! pour l'orgueil national! Mais il aurait sans doute dû s'incliner au finish devant Waltz with Bachir de l'Israélien Ari Folman ou Entre les murs du Français Laurent Cantet, qui dominent le bal dans cette catégorie.

Le 22 février, si la grève des acteurs ne leur rentre pas dans le flanc, les noms des gagnants seront dévoilés lors de cette 81e soirée des Oscars, animée par Hugh Jackman avec le faste habituel qui marque ladite cérémonie.

La surprise, c'est que L'Étrange Histoire de Benjamin Button, de David Fincher, récolte le plus grand nombre de nominations du cru, soit 13, une seule de moins que Titanic. Cette aventure d'un homme dont le processus de vieillissement est inversé, donnant la vedette à Brad Pitt, part en tête. Slumdog Millionaire, de Danny Boyle, épopée télévisuelle et chronique de vie située à Mumbai, couronné aux Golden Globes, le talonne de près avec 10 nominations. La partie se jouera sans doute entre eux. Le plus académique Frost/Nixon (L'Heure de vérité), basé sur des entrevues du président Nixon après l'affaire du Watergate, concourt également pour l'Oscar du meilleur film, aux côtés du merveilleux Milk de Gus Van Sant, sur la vie de l'activiste homosexuel Harvey Milk, et du poignant The Reader, de Stephen Daldry. Les cinéastes derrière les cinq oeuvres en lice pour le meilleur film concourent également pour le titre de meilleur réalisateur. L'Academy a de la suite dans les idées.

On peut toujours chipoter sur le choix des favoris, mais il s'agit d'un cru honorable, où atterrissent des oeuvres de qualité. La préférence accordée aux films possédant des valeurs artistiques exclut The Dark Knight, plus grand succès de l'année, de la vraie course, à l'exception de Heath Ledger, cité dans la catégorie du meilleur acteur de soutien, et des nominations techniques (dont pour la direction photo et la direction artistique, tout de même). En général, le public suit moins la cérémonie quand les indépendants dominent. Mais depuis plusieurs années, les critères cinéphiliques ont pris le pas sur le succès commercial.

Des candidats fort méritants ont beau convoiter la statuette du meilleur acteur: Frank Langella (Frost/Nixon), Richard Jenkins (The Visitor /Le Visiteur), Brad Pitt (The Curious Case of Benjamin Button), et surtout Sean Penn, admirable dans Milk, ils devront sans doute s'incliner devant Mickey Rourke (primé aux Golden Globes), qui fait son grand retour dans The Wrestler, d'Aronofsky, après un lot d'épreuves, et s'y montre stupéfiant de puissance fracassée.

Autre surprise: Kate Winslet, qui a remporté la mise deux fois aux Golden Globes, pour le prix de la meilleure actrice dans Revolutionary Road de Sam Mendes et comme meilleure actrice de soutien dans The Reader (Le Liseur), ne se retrouve ici dans la course que pour Le Liseur. Revolutionary Road traîne un peu de l'arrière avec une seule nomination. Son réalisateur, Sam Mendes, a eu plus de chances l'année d'American Beauty.

Au titre de meilleure actrice, Kate Winslet devrait quand même l'emporter sur ses rivales pour sa brûlante prestation d'une Allemande ballottée par l'Holocauste. À moins que Melissa Leo, inoubliable dans Frozen River, ne lui arrache la statuette. Anne Hathaway dans le charmant Rachel Getting Married, Angelina Jolie pour le plus laborieux Chalenging (L'Échange) de Clint Eastwood et Meryl Streep, l'inquiétante religieuse de Doubt, leur disputent le morceau. Meryl Streep détient le record des mises en nomination aux Oscars (quinze, et deux fois primée).

L'Oscar du second rôle masculin couronnera de toute évidence, de façon posthume, Heath Ledger, pour son grandiose rôle du Joker dans The Dark Knight. Ses concurrents, Josh Brolin dans Milk, Michael Shannon dans Revolutionary Road, Robert Downing Jr. dans Tropic Thunder et même Philip Seymour Hoffman, très juste dans Doubt, devraient repartir bredouilles.

Parmi les candidates au meilleur second rôle féminin, trois noms se démarquent: Penelope Cruz en mante religieuse dans Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen, Marisa Tomei, si fine dans The Wrestler, et Viola Davis, la bouleversante mère noire de Doubt. Amy Adams, également dans Doubt, et Taraji P. Henson dans The Curious Case of Benjamin Button partent moins favorites.

Pour le meilleur scénario original, les nominations sortent davantage des sentiers battus, avec Courtney Hunt pour Frozen River, Mike Leigh pour Be Happy, Martin McDonagh derrière In Bruges. Les auteurs de Milk et de WALL-E participent aussi à la course. Ce post-apocalyptique WALL-E est à peu près sûr d'être couronné à tout le moins pour la meilleure animation de l'année.

La statuette du meilleur scénario adapté est convoitée par les auteurs de Doubt, de L'Étrange Histoire de Benjamin Button, de Frost/Nixon, du Liseur et de Slumdog Millionnaire, et devrait sans doute échoir à ce dernier.

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