Oscar et la dame rose - Éric-Emmanuel Schmitt est en tournage à Montréal

Benoît Brière, maquillé en arbitre clownesque, tournait hier une scène où il est projeté hors du ring par le souffle puissant d’une catcheuse. Il en a discuté avec Éric-Emmanuel Schmitt.
Photo: Jacques Grenier Benoît Brière, maquillé en arbitre clownesque, tournait hier une scène où il est projeté hors du ring par le souffle puissant d’une catcheuse. Il en a discuté avec Éric-Emmanuel Schmitt.

Le tournage de la coproduction franco-belgo-québécoise Oscar et la dame rose, tirée du roman du même nom d'Éric-Emmanuel Schmitt, bat son plein jusqu'à vendredi à Montréal. L'écrivain-réalisateur dirigeait hier plusieurs scènes hautement oniriques, où la comédienne française Michèle Laroque et le comédien québécois Benoît Brière se retrouvent en plein match de lutte.

Cette deuxième adaptation pour le cinéma (après Odette Toulemonde, 2007) d'Éric-

Emmanuel Schmitt raconte l'histoire d'un petit garçon de dix ans atteint de leucémie qui se liera d'amitié avec la dame rose. Cette femme, incarnée par Michèle Laroque, est une divorcée aigrie réfractaire au bénévolat qui ne se rend à l'hôpital que dans l'espoir d'y vendre quelques pizzas pour boucler ses fins de mois.

Virée en raison de son sale caractère, la dame rose sera toutefois rappelée par l'hôpital à la demande pressante du jeune leucémique, qui ne s'ouvre qu'à elle. La dame rose lui proposera un jeu: celui de vivre chaque journée comme si elle comptait pour dix ans, ouvrant une porte sur l'imaginaire grâce aux histoires qu'elle invente pour le distraire. Grâce à des lettres, une complicité s'établira entre eux, bouleversant leurs vies réciproques et leurs destins.

Hier sur le plateau de tournage, Michèle Laroque (Le Mari de la coiffeuse, Pédale douce, Ma vie en rose,) devait croiser le fer avec d'autres catcheuses et un arbitre-annonceur campé par Benoît Brière.

«Ce qu'on tourne ici [à Montréal], ce sont les rêves de cet enfant. Pour le faire rire, [la dame rose] lui raconte qu'elle a été catcheuse et qu'elle a eu de grands combats. Chaque fois, elle lui donne une leçon de force et de courage», a expliqué hier Éric-Emmanuel Schmitt, entre deux scènes.

Pour Michèle Laroque, qui s'est dévoilée hier dans une robe de chambre pour cacher son très onirique habit rose de catcheuse, il s'agit d'un premier tournage au Québec, après plusieurs mois passés à Los Angeles, où elle a tourné Neighbor, un film américain sorti en août dernier.

Dans l'adaptation d'Oscar au théâtre à Paris en 2003, la dame rose était campée par Danielle Darrieux, alors âgée de 86 ans. Dans la version cinématographique, Schmitt a confié avoir voulu donner à la dame rose une voix plus imposante. «Je voulais que le film raconte quelque chose que le livre ne raconte pas. Je voulais qu'on suive aussi l'histoire de la dame rose, dont j'ai transformé le rôle pour en montrer tout le trajet», a-t-il dit.

Michèle Laroque s'est dite charmée par ce personnage remanié et par le jeune comédien Amir Bernabdelmoumen, qui incarne brillamment le petit Oscar.

«J'avais été très émue par le livre. J'aime l'idée qu'elle [la dame rose] va évoluer et apprendre à vivre grâce à ce petit garçon qui vit ses derniers jours. Et lui, il va revivre à travers elle quand il disparaît», souligne la comédienne, qui voit dans ce film un brûlant plaidoyer pour la vie.

«Ce n'est pas triste. C'est un film foncièrement sur la vie. Si on vivait tous dix ans chaque jour, on vivrait mieux notre vie», pense-t-elle.

Le dialogue qui s'établit entre l'enfant et la dame se fait notamment par 12 lettres, écrites à Dieu. Schmitt, qui a largement fait état par le passé de sa foi et d'expériences mystiques, affirme qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre croyante, mais d'un film empreint de spiritualité.

«On ne peut pas empêcher une vigne de Bordeaux de faire du bordeaux. Moi, je fais du Schmitt, quoi qu'il arrive. Dans le film, il y a un vrai dialogue avec Dieu. L'enfant ne croit pas en Dieu. Il accepte la lettre simplement comme subterfuge, mais cela aura d'autres effets», dit-il.

Accroché à un harnais, Benoît Brière, maquillé en arbitre clownesque, tournait hier une scène où il est projeté hors du ring par le souffle puissant d'une catcheuse. «C'est le souffle de Téton royal, une lutteuse qui doit faire facilement 7,2 pieds. L'arbitre finit toujours par se retrouver sur les gradins», a dit en rigolant l'acteur, qui a été approché par Schmitt pour incarner ce rôle surréaliste.

Au départ, cette coproduction de 14 millions, se déroulant par moments sous la neige, devait être entièrement tournée au Québec. Mais Schmitt a dû se résoudre à l'idée de tourner en Belgique, coproduction oblige. Produit par Cinémaginaire (Canada), qui y injectera 1,4 million, Pan-Européenne (France) et Oscar films (Belgique), Oscar et la dame rose devrait sortir en Europe en novembre 2009 et atterrir ici à la fin de 2009, a indiqué hier Denise Robert, présidente de Cinémaginaire.

Outre Benoît Brière, les autres participants québécois qu'on retrouvera dans le film sont des acrobates et des cascadeurs, dont les chorégraphies ont été réalisées par Franco Dragone.

À voir en vidéo