Mission en terrain miné

Lors d’une attaque des Alliés en Afrique du Nord, le colonel allemand Claus von Stauffenberg, campé par Tom Cruise, a non seulement perdu un oeil et une main mais aussi ses dernières illusions.
Photo: Lors d’une attaque des Alliés en Afrique du Nord, le colonel allemand Claus von Stauffenberg, campé par Tom Cruise, a non seulement perdu un oeil et une main mais aussi ses dernières illusions.

Dans Mission: Impossible, de Brian de Palma, remake qui allait donner le ton aux deux autres moutures, ce n'était plus une affaire d'équipe mais l'affaire de Tom Cruise. Heureusement, avec Valkyrie, une somptueuse production basée sur la dernière tentative d'élimination d'Adolf Hitler, ce n'est pas facile pour une star de justifier la disparition de personnages sans passer pour un dangereux révisionniste. Déjà que les Allemands ne digèrent pas qu'un adepte de la scientologie endosse l'uniforme d'un de leurs héros nationaux...

Bryan Singer, lui, a longtemps préféré la cape des superhéros. Son passage entre le monde des X-Men ou de Superman à celui des dissidents du régime nazi ne s'est d'ailleurs pas fait sans douleur. Valkyrie, c'est aussi le récit d'un tournage parsemé d'accidents malheureux et de retards coûteux, donnant à ce projet des allures d'oeuvre maudite. Pourtant, à l'arrivée, nous sommes devant un film servant à la fois à réconforter l'ego d'une star et l'âme encore écorchée du peuple allemand.

Les cinéastes de ce pays se sont déjà mis au travail pour révéler le courage des opposants au nazisme (Sophie Scholl de Marc Rothemund, Rosenstrasse de Margarethe von Trotta), mais Bryan Singer, un enfant d'Hollywood, cherche tout autant à déconstruire la mécanique du célèbre complot du 20 juillet 1944 qu'à en faire une machine bien huilée, où la guerre devient un art pyrotechnique.

Au centre de tout cela, le colonel allemand Claus von Stauffenberg (Tom Cruise). En Afrique du Nord, lors d'une attaque des Alliés, il n'a pas seulement perdu un oeil et une main mais aussi ses dernières illusions. À son retour de Berlin, dégoûté par la conduite de la guerre et l'idéologie de son chef, il se joint à un groupe de politiciens et de militaires cherchant à en finir avec cet amoureux de la musique de Richard Wagner. C'est d'ailleurs en s'inspirant de sa célèbre Tétralogie qu'Hitler a donné le nom de Valkyrie à une opération militaire destinée à protéger le gouvernement en cas de soulèvement populaire.

Le colonel va non seulement réussir à en modifier le contenu, approuvé par Hitler lui-même, mais aussi à s'approcher de lui pour poser une bombe et ainsi l'éliminer. Le plan ne se déroule pas comme prévu, mais le colonel quitte les lieux du désastre avec la conviction que la mission impossible a été accomplie. Et il communique son enthousiasme à ses nombreux compagnons d'armes...

Tout cela ressemble parfois à un autre one-man show de Tom Cruise mais ce coup d'État n'est (heureusement) pas l'affaire d'un seul homme. À défaut d'en montrer ses aspects les plus glauques (les handicaps du colonel, qui ne le gênent jamais...) et les plus angoissants (les personnages sont rarement habités par le doute), la production affiche un caractère léché, tablant sur les effets tonitruants pour faire de l'Histoire un luxueux diaporama de la bonne conscience.

Celle des Allemands peut sans doute être soulagée dans la mesure où Singer offre à des acteurs de premier plan (dont Kenneth Branagh et Tom Wilkinson) de défendre des figures schématiques mais suscitant une sympathie immédiate. La guerre selon Singer reste tout de même affaire de spectacle entre les bons et les méchants... d'un même camp. Et alors que Carice von Houten jouait avec brio une résistante plantureuse dans Black Book, ce film de guerre autrement plus pervers de Paul Verhoeven, il est révélateur qu'elle soit ici méconnaissable, pour ne pas invisible, aux côtés de Tom Cruise dans Valkyrie. Pour certains, travailler en équipe atteint vite ses limites.

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Valkyrie

Réalisation: Bryan Singer. Scénario: Christopher McQuarrie, Nathan Alexander. Avec Tom Cruise, Kenneth Branagh, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Thomas Kretschmann, Terence Stamp. Image: Newton Thomas Sigel. Montage et musique: John Ottman. États-Unis, 2008, 120 min.

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Collaborateur du Devoir

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