Brillant corps à corps avec l'émotion

Oeuvre privilégiant les gros plans sur le visage de Mickey Rourke et des différents protagonistes, The Wrestler constitue un corps à corps avec l’émotion, dont nul ne sort indemne
Photo: Oeuvre privilégiant les gros plans sur le visage de Mickey Rourke et des différents protagonistes, The Wrestler constitue un corps à corps avec l’émotion, dont nul ne sort indemne

Film coup de poing, couronné du Lion d'or de Venise, The Wrestler célèbre le vrai retour de Mickey Rourke à l'écran. L'ancien beau gosse d'Angel Heart et de Nine 1/2 weeks, après une longue traversée du désert, s'était contenté de rares apparitions, notamment dans Sin City de Robert Rodriguez. La drogue, la plongée dans tous les excès et une carrière de boxeur l'avaient entraîné dans une voie parallèle et des gouffres intimes. Avec The Wrestler, Aronofsky et son scénariste ont eu l'intelligence de donner à son personnage un parcours qui recoupe en partie le sien.

Il n'est pas dit qu'avec son physique de culturiste, ses cicatrices morales et physiques, Mickey Rourke aurait pu jouer n'importe quoi. Dans la peau de Randy/The Ram, lutteur sur le retour, petite célébrité locale désormais brisée et déçue par la vie, il se retrouve en terrain familier. Humain, émouvant, drôle, puissant comme un roi Lear déchu mais encore noble, l'acteur américain nous livre une performance extraordinaire. Déjà en nomination aux Golden Globes, Rourke sera certainement de la course aux Oscars, et pourrait rafler la mise.

Darren Aronofsky, excellent cinéaste de The Fountain et de Requiem for a Dream, a choisi la simplicité dans un scénario peut-être un peu classique, mais habile, jamais appuyé et parsemé de perles. Ses effets de caméra sont plus sobres que d'habitude, la musique de Clint Mansell — vraiment remarquable — se révèle d'une rare subtilité, à l'écoute de l'action, sans jamais la masquer.

Oeuvre privilégiant les gros plans sur le visage de Rourke et des différents protagonistes, The Wrestler constitue un corps à corps avec l'émotion, dont nul ne sort indemne.

Les combats de lutte, arrangés mais vraiment violents, sont captés sur le ring, parfois caméra à l'épaule, en des scènes à peine soutenables, d'une intensité inouïe, qui galvanisent.

La trajectoire de Randy, terrassé par une crise cardiaque, qui tente de refaire sa vie mais se heurte à des portes closes, nous vaut des scènes merveilleuses: la séance de «shopping» avec la danseuse érotique (Marisa Tomei, toujours juste dans un registre de demi-teintes), un moment de tendresse avec sa fille retrouvée (Evan Rachel Wood) avant la rupture finale, les péripéties drolatiques de son nouveau métier de vendeur au supermarché. Quant à la grandiose finale, saut de l'ange vers l'abîme, elle se révèle d'une force éblouissante.

The Wrestler est un film qui dépasse son portrait pour aborder avec une concision brillante le mal de vivre, l'impossibilité de créer des relations significatives, la solitude et la dignité intacte d'un être humain aspiré par le vide.

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The Wrestler

Réalisation: Darren Aronofsky. Scénario: Robert D. Siegel. Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood. Image: Maryse Alberti. Musique: Clint Mansell. Montage: Andrew Weisblum.

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