Une coquille vide

The Spirit semble s’être donné pour douteux mandat de faire fi de chacun des facteurs qui font en sorte qu’un film de superhéros «fonctionne».
Photo: The Spirit semble s’être donné pour douteux mandat de faire fi de chacun des facteurs qui font en sorte qu’un film de superhéros «fonctionne».

Plusieurs facteurs font en sorte qu'un film «fonctionne». Prenons le genre des superhéros. Ces derniers feront leur marque s'ils possèdent une caractéristique les distinguant du lot et, surtout, s'ils sont opposés à un méchant distrayant. On s'identifiera plus volontiers à des personnages bien dessinés et bien interprétés, ce qui vaut pour tous les genres. Un scénario intelligemment ficelé permettra au spectateur de plonger plus facilement dans la fiction, laquelle, si elle est habile, parviendra justement à faire oublier sa nature irréelle.

Non content de ne soigner aucun de ces principes de base, The Spirit semble au contraire s'être donné pour douteux mandat de faire fi de chacun d'eux. Le résultat, un succédané bas de gamme de Sin City, est à l'avenant. C'est, de loin, le pire film que j'ai vu cette année, et j'ai couvert Saw V, The Mummy: Curse of the Dragon Emperor, College, Sex Drive et Hancock. Je le mentionne en passant, pour fins de comparaisons.

Le Spirit (Gabriel Macht, zéro charisme) est doté d'une formidable capacité à guérir de ses blessures, don qu'il ne peut expliquer. Veillant sur sa ville chérie comme un amant attentionné (il faut entendre ses tirades!), le héros (à peine) masqué combat le malfaisant Octopus (Samuel L. Jackson, au plus creux du creux de la vague) et Silken Floss (Scarlett Johansson, en quête d'un personnage), l'assistante de ce dernier. Une nuit où il porte secours à un policier blessé, le Spirit trouve un médaillon qui l'amène à soupçonner Sand Saref (Eva Mendes, platement charnelle), l'amour de sa jeunesse, d'être mêlée aux plans d'Octopus, responsable de l'agression. À la clé, un trésor mythique, le secret de l'immortalité et un dénouement dénué de suspense.

Après avoir coréalisé Sin City, le très respecté artiste de bande dessinée et auteur de romans graphiques Frank Miller fait ses débuts solos à la mise en scène, laquelle s'efforce, encore une fois, de donner vie à un comic book tout en préservant les caractéristiques visuelles de la source. Or, l'effet de nouveauté n'est plus au rendez-vous et, de ce fait, la forme ne se suffit plus à elle-même. L'univers et la technique par laquelle il prend vie sont les mêmes que ceux de Sin City. Et question superhéros, aussi injuste que cela puisse paraître, on ne peut occulter les propositions de Tim Burton (Batman Returns), Christopher Nolan (Batman Begins, Dark Knight) et Sam Raimi (trilogie Spider-Man). Le recours à un ton volontairement naïf et à une atmosphère de film noir émaillée d'éléments de science-fiction ne sont pas des choix très novateurs, et Miller, coiffé du chapeau qui lui convient le moins, celui de scénariste, devait offrir un récit accrocheur afin de se démarquer un tant soit peu. Disons simplement que l'homme est responsable des scénarios de Robocop 2 et 3 et que, dans ce cas-ci, le passé était garant de l'avenir.

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The Spirit

Réalisation et scénario: Frank Miller, d'après les bandes dessinées de Will Eisner. Avec Gabriel Macht, Samuel L. Jackson, Eva Mendes, Scarlett Johansson, Sarah Paulson, Dan Lauria, Louis Lombardi, Paz Vega. Photographie: Bill Pope. Montage: Peter Elliot. Musique: David Newman. États-Unis, 2008, 102 min.

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Collaborateur du Devoir

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