DVD - Quelques inédits en salle

Une scène du film Une affaire privée
Photo: Une scène du film Une affaire privée

Le temps des Fêtes est souvent l'occasion de présenter aux lecteurs des palmarès et une revue de l'année cinéma. Cinéphile compulsif et grand défenseur des laissés-pour-compte, j'ai pensé vous signaler quelques titres parus directement en DVD chez nous et qui, du fait qu'ils n'ont joui d'aucune publicité puisque n'ayant pas fait le circuit des salles, sont peut-être passés sous votre radar. Des États-Unis, de l'Écosse, de l'Allemagne, de l'Espagne, de la France et de l'Inde, voici, en rafales et sans ordre particulier, quelques oeuvres dignes d'intérêt que vous trouverez facilement à la vente et à la location.

Honeydripper, de John Sayles, avec Danny Glover, Charles S. Dutton, Mary Steenbergen, Stacy Keach et Gary Clark Jr. Incontournable du cinéma indépendant américain, Sayles (Matewan, Passion Fish, Limbo) nous offre ici l'un de ses films les plus achevés. À la fois mosaïque sociale savoureuse et charge politique discrète, Honeydripper relate les tribulations d'un tenancier de bar sur la brèche qui, dans l'Alabama des années 1950, fait accidentellement découvrir à son bled la musique rock'n'roll. Fidèle à son habitude, Sayles, qui écrit, réalise et monte, propose des dialogues qui sonnent particulièrement juste.

Stuck, de Stuart Gordon, avec Mena Suvari et Stephen Rea. Deux ans après Edmond, adaptation frontale d'une pièce de son vieil ami David Mamet, Stuart Gordon (Re-Animator, From Behond) poursuit sa sabbatique du gore et revient avec un second opus «réaliste». Il dirige de nouveau Mena Suvari (American Beauty) qui, dans un intéressant contre-emploi, interprète Brandi, une préposée aux bénéficiaires accro à l'alcool et aux petites pilules. Sur le point d'être promue, la jeune femme festoie un peu trop fort, prend le volant et se retrouve avec un sans-abri (Stephen Rea, The Crying Game) coincé dans son pare-brise. Or, plutôt que d'aider le pauvre bougre, Brandi, qui craint pour son avenir, décide de l'abandonner à son sort et de se débarrasser du corps plus tard. Tellement grinçant que vos mâchoires risquent de se souder.

Mister Foe, de David MacKenzie, avec Jamie Bell, Sophia Myles, Ciaran Hinds et Claire Forlani. Depuis le décès de sa mère, Hallam Foe s'est retiré du monde, qu'il préfère épier à travers ses longues vues. Éprouvant pour sa belle-mère des sentiments pour le moins contradictoires, le jeune Écossais part pour Édimbourg en quête d'une nouvelle vie mais tombe plutôt sur la très réservée Kate, qui ressemble à s'y méprendre à la mère de Hallam au même âge. Et ce n'est que le début! Après le sombre Young Adam, MacKenzie explore des contrées tout aussi charnelles et tortueuses, mais opère cette fois en mode plus léger, lequel confère à Mister Foe un ton tout à fait charmant. Bien secondé, Jamie Bell est absolument formidable.

Transsiberian, de Brad Anderson, avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Eduardo Noriega, Kate Mara et Ben Kingsley. Quatre ans après The Machinist, Anderson (Session 9) parvient enfin à filmer un récit digne de ses considérables talents de cinéaste. Dense et intrigant, le scénario repose sur l'opposition entre deux couples contrastés qui sympathisent au cours d'un voyage à bord du célèbre train. Il est question de contrebande, de meurtre et d'adultère avec, en toile de fond, de saisissants paysages hivernaux. Un thriller hybride très habile émaillé de quelques touches d'humour noir (un clin d'oeil à The Lady Vanishes, notamment). Emily Mortimer (Dear Frankie) domine avec son naturel craquant.

Une affaire privée, de Guillaume Nicloux, avec Thierry Lhermitte, Marion Cotillard, Samuel Le Bihan, Aurore Clément et Jean-Pierre Darroussin. Distribution surprenante, intrigue sinueuse, temporalité évasive, mise en scène raffinée d'un glauque esthétisant: ce polar insolite, tourné en 2001, jouit d'une interprétation particulièrement attachante de Thierry Lhermitte (Les Ripoux), étonnamment crédible en détective privé alcoolo lancé sur la piste d'une jeune femme aux accointances troubles.

The Fall, de Tarsem Singh, avec Catinca Untaru, Lee Pace et Justine Waddell. Imaginez un scénario d'Alexandro Jodorowsky filmé par Guillermo Del Toro et vous aurez une vague idée du second opus de Tarsem Singh (The Cell), dont la confection lui a demandé quatre années de tournage aux quatre coins du globe. Le film débute dans les années 1920, dans un hôpital de L.A., où un cascadeur blessé sympathise avec une fillette au bras cassé. Conte surréaliste d'une fulgurante beauté formelle, The Fall s'insinue dans l'imaginaire de l'enfant, qui se projette dans le récit mythique. Peut-être serez-vous tentés d'appuyer sur «pause» afin de contempler à loisir certains tableaux de cette hypnotique expérimentation.

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Collaborateur du Devoir

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