Les chandelles d'Arthur Lamothe

Le fonds d’archives d’Arthur Lamothe est une richesse pour la mémoire collective. Photo: Jean-François Leblanc
Photo: Le fonds d’archives d’Arthur Lamothe est une richesse pour la mémoire collective. Photo: Jean-François Leblanc

Le plus québécois des Gascons célébrait hier son anniversaire: 80 ans bien sonnés. Et nul mieux que lui n'aura su creuser les racines des Québécois pour mettre au grand jour leurs hantises, leurs exclusions, les sources d'une culture dont son regard de biais, venu ailleurs, se mariait à un coeur résolument d'ici. Chose certaine, les autochtones du Québec lui doivent une fière chandelle. Car avant la crise d'Oka, qui, ici, avait vraiment cherché à mettre en images leur univers, sinon Arthur Lamothe? Des problèmes de santé l'ont éprouvé, et il mérite cent fois son coup de chapeau.

Son premier film, le court métrage Les Bûcherons de la Manouan, en 1962 (lui-même fut bûcheron à son arrivée au Québec au début des années 50), est à marquer d'une pierre blanche dans les annales de notre cinématographie. Ce documentaire engagé, fort beau et largement primé, révélait au grand jour la vie difficile, miséreuse des hommes de ces chantiers, en ne laissant pas les Attikameks de côté, laissant planer les drames du territoire arraché. En 1969, avec son oeuvre très engagée, qui circula longtemps sous le manteau, bloquée en haut lieu, Le mépris n'aura qu'un temps abordait de façon frontale et émotive les problèmes de la classe ouvrière.

Mais, avant tout, Lamothe fut le chantre de la condition amérindienne et, grâce à lui, des traditions appelées à disparaître ont pu survivre à l'écran. De 1973 à 1983, aidé par l'anthropologue Rémi Savard, il a réalisé la passionnante série Chronique des Indiens du nord-est du Québec, treize films, dont Ntesi Nana Shepen (On disait que c'était notre terre), sur la douleur et les revendications des Montagnais, également des épisodes sur les mythes, les rituels, sur la dépossession, sur le racisme énorme qui sévit dans les villages près des réserves, sur le passage des tentes aux maisons, avec comme point culminant de la série: Mémoire battante sur la vie spirituelle des Montagnais truffé des scènes puissantes et inoubliables. En 1992, il traita dans La Clé des songes le rapport des Amérindiens à l'art et de son importance pour la collectivité.

La fiction, il en aura tâté avec moins de succès, avec Poussière sur la ville en 1965, adapté du roman d'André Langevin, mal reçu par la critique, puis dans Équinoxe en 1986 sur un homme de retour au pays après des années de prison et d'exil. Le Silence des fusils, dix ans plus tard, revisitant l'incident tragique et mal élucidé de la mort de deux Montagnais sur la rivière Moisie en 1977, rencontra des problèmes au tournage et à l'étape du scénario, mais son amour des Innus primait tout.

L'importance de son oeuvre demeure avant tout documentaire, avec une énorme valeur ethnologique. D'ailleurs, son fonds d'archives constitue une mine précieuse pour la mémoire collective. Bon anniversaire à lui!
1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 9 décembre 2008 04 h 39

    Sacré Arthur ...

    Une partie de ma vie a été orienté par l'oeuvre d'Arthur Lamothe. Il ne le sait pas bien qu'il me soit arrivé de le croiser à quelques reprises. Lorsque j'avais une dizaine d'années, j'ai un jour été happé pour des raisons personnelles par un de ses films, présenté le soir, tard, après les infos de Radio-Canada. Je connaissais l'existence de Monsieur Lamothe parce que mon père était portier à l'ONF et qu'il m'avait à quelques reprises parlé de ce Français peu ordinaire, rempli d'humour et sachant manier le charme autant que l'intelligence. Dans l'horaire télé, j'avais donc lu le descriptif du documentaire qui était présenté et, avec l'exceptionnelle permission de mon père, pour la première fois, je veillai seul jusqu'à tout voir d'un film de onze heures.
    Le lendemain matin, la nature même des questions que je me posais depuis quelques temps avait changé. Le hasard a voulu qu'aujourd'hui j'habite en Gascogne, à quelques kilomètres de son village natal.
    Si un jour vous passez du côté d'Auch,surveillez le programmes des cinémas; il se pourrait qu'un de ses films soit projeté dans une salle du Ciné 32 qui depuis plusieurs années maintenant, honore Monsieur Lamothe non-seulement en lui dédiant des séries annuelles de projection cinématographique, mais en ayant donné son nom à l'une de ses salles.
    Ce que je souhaite ardemment qu'il se fasse un jour au Québec...
    D'ailleurs, une idée me vient : comme cadeau de quatre vingtième anniversaire, il me semble que ce serait la moindre des choses en reconnaissance d'une oeuvre dont, je crois, l'importance n'est pas encore assez largement partagée chez lui, au Québec !