Polanski réconforte le cinéma polonais

Varsovie — La Palme d'or remportée à Cannes par Le Pianiste, du Franco-Polonais Roman Polanski, a apporté un réconfort moral à une industrie polonaise du cinéma au bord de la faillite.

Le cinéma polonais, qui a donné des réalisateurs de dimension internationale, tels Andrzej Wajda, Krzysztof Kieslowski, Roman Polanski, Andrzej Zulawski, Krzysztof Zanussi ou Agnieszka Holland, ainsi que d'excellents opérateurs de caméras et autres professionnels du septième art, «se trouve aujourd'hui dans une situation désespérée», déplore le président de l'Association des cinéastes polonais, Jacek Bromski. «Pour des raisons financières, le film de Polanski n'aurait jamais pu être réalisé en Pologne», ajoute-t-il.


Résultat d'une coproduction franco-germano-polono-britannique, «ce film a été créé par les Polonais: les images, les costumes, la musique, les figurants, l'équipe», a relevé Andrzej Wajda, alors que Le Pianiste représentait à Cannes le cinéma français. Pour lui, il s'agit bien d'un film polonais. «Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai été content parce que c'est un film polonais», a déclaré ce réalisateur, lui-même Palme d'Or en 1981 pour son Homme de fer.


La part du budget de l'État pour soutenir la production cinématographique locale était encore de 9,9 millions de zlotys (3,7 millions de dollars) en 2001. Cette année, cette somme a été réduite à 5,4 millions de zlotys (deux millions de dollars) alors que la dette du Trésor au titre des contrats déjà signés s'élève à plus de 10 millions de zlotys, selon les chiffres officiels du ministère de la Culture.


«La télévision ne finance plus la production de films polonais, a indiqué Bromski. Nous n'avons aucune législation qui nous garantisse les fonds nécessaires, les infrastructures se dégradent et les professionnels s'en vont ailleurs. Et tout ceci tombe en ruine parce que l'État veut économiser 2,8 millions», s'est-il insurgé.


«En ce moment, on ne tourne en Pologne que trois films, des films grand public qui n'ont pas besoin d'aide de l'État», a indiqué Bromski, alors que le cinéma polonais avait connu ses heures de gloire grâce à son «cinéma d'auteur».


Les représentants de l'industrie polonaise de cinéma ont signé il y a un mois à Varsovie un appel des cinéastes et militants d'organisations européennes de l'audiovisuel aux responsables de l'Union européenne. Dans cet appel, ils demandent à l'UE de donner à l'industrie du cinéma les moyens de se développer.


«Nous avons tous besoin d'une directive européenne qui imposerait certaines normes légales et économiques minimales de protection des cinémas nationaux par les États concernés», estime M. Bromski.


Selon lui, «la France et son système de soutien à l'industrie du cinéma est un idéal à suivre».


«En France, on compte chaque année une cinquantaine de films réalisés par des débutants, contre un par an en Pologne», constate le recteur de la célèbre école polonaise de cinéma de Lodz, Henryk Kluba.


Tout comme ses collègues cinéastes, il attend une loi polonaise sur le cinéma — en préparation au ministère de la Culture — et attend beaucoup des promesses du ministre de soutenir financièrement la production des débutants.


Né à Paris en 1933, Roman Polanski a justement étudié le cinéma à l'école de Lodz, tout comme Wajda. Après avoir commencé sa carrière en 1962 par son long métrage Le Couteau dans l'eau, le réalisateur a émigré en France, dont il a la nationalité, et aux États-Unis.