L'effet des années 80 sur les mauvais garçons

Une scène du film Des gars modèles
Photo: Une scène du film Des gars modèles

Non seulement les années 1980 furent nocives pour la couche d'ozone (cause évidente: l'épandage de fixatif...) mais elles ont aussi pollué une part importante du cerveau des jeunes adultes d'aujourd'hui, trouvant refuge derrière leur cube Rubik ou leurs vieux vêtements aux tons pastel. On ne cesse d'ailleurs d'en contempler les ravages dans les récents films de Jupp Apatow (Knocked Up, The 40 Year Old Virgin) et Kevin Smith (Zack and Miri Make a Porno), prouvant que cette mode n'est sans doute pas passagère.

Avec Role Models, le réalisateur David Wain (accaparé surtout par la télé, et ça se voit) semble déterminé à s'inscrire dans ce courant, quitte, vraisemblablement, à s'y noyer... Il est soutenu dans ses efforts par Paul Rudd, un acteur capable du meilleur et du trivial, très à l'aise pour défendre ce petit royaume d'adultes attardés. Il en connaît tellement les règles que sa présence au générique comme coscénariste n'étonnera personne, à défaut de les éblouir.

Une fois encore, il prête sa belle gueule à l'un de ces personnages d'un immobilisme désolant, associé ici à un coureur de jupons (Seann William Scott, le degré zéro de l'intériorité) dont le cerveau est situé entre ses deux jambes. Eux dont le travail consiste à vanter les mérites d'une boisson énergisante, ils se retrouvent, après une stupide bévue, forcés par la justice à accomplir des travaux communautaires à titre de mentor pour des jeunes en difficulté.

L'organisation charitable est menée d'une main de fer par une directrice au passé de toxicomane, à l'âme missionnaire mais sans bondieuseries (pétillante et insolente Jane Lynch). Elle flanque aux deux lascars des gamins aussi différents que perturbés, l'un parlant plus mal que tous les candidats de Loft Story réunis et l'autre préférant se réfugier dans un Moyen-Âge de pacotille plutôt que d'affronter le réel. Ce sont eux qui, vous vous en doutez bien, donneront une bonne leçon de maturité à ces éternels «adolescents».

L'apprentissage va s'accomplir dans les termes les plus crus, condition essentielle pour rendre crédible, et attirant, cet univers de grands dadais, où les jurons et les allusions sexuelles tiennent lieu de pensée profonde. À cela se greffe quelques gaffes spectaculaires, autre prétexte pour beurrer épais, et des deux côtés de la tranche, sur les horizons culturels bouchés de ce clan pétrifié par la peur de l'engagement et courageux lorsqu'il est question d'avoir l'air ridicule.

À cette contradiction s'en greffent beaucoup d'autres, dont cette crainte larvée de l'homosexualité, tournée là encore en dérision et bien camouflée sous un vibrant hommage peinturluré (et franchement hilarant) au groupe Kiss. La quincaillerie socioculturelle s'avère bien garnie, stratagème redoutable de ces comédies qui ne relèvent pas de plusieurs crans l'originalité des qualificatifs pour exprimer son désarroi et sa frustration. Ils commencent le plus souvent par «F...» et ne souffrent d'aucune discrimination d'âge, les plus petits imitant les plus grands avec une aisance attristante.

La valeur réelle de Role Models, au-delà du ton irrévérencieux et de l'humour parfois conquérant, se trouve peut-être cachée dans son constat pessimiste de la masculinité en crise. L'exposé commence à sentir le réchauffé, preuve que le radotage constitue l'un des symptômes.

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Collaborateur du Devoir

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Role Models (v.f.: Des gars modèles)

Réalisation: David Wain. Scénario: Paul Rudd, David Wain, Ken Marino. Avec: Seann William Scott, Paul Rudd, Christopher Mintz-Plasse, Jane Lynch, Elizabeth Banks. Image: Russ T. Alsobrook. Montage: Eric Kissack. Musique: Craig Wedren. États-Unis, 2008, 99 min.