Tout est permis !

Sous la cagoule – Voyage au bout de la torture se veut une dénonciation virulente du silence entourant ces pratiques médiévales.
Photo: Sous la cagoule – Voyage au bout de la torture se veut une dénonciation virulente du silence entourant ces pratiques médiévales.

Patricio Henriquez, cinéaste d'origine chilienne installé à Montréal, a multiplié au cours de sa carrière les oeuvres à portée politique et sociale, brillantes en général. Sous la cagoule - Voyage au bout de la torture s'inscrit dans la lignée du puissant Désobéir et du Côté obscur de la dame blanche, deux oeuvres qui évoquaient déjà la torture.

Cette fois, il aborde le sujet de front et sous bien des angles. Il met ainsi en parallèle les déclarations de George W. Bush sur le traitement des terroristes après le 11-Septembre avec les témoignages d'ex-prisonniers de Guantánamo ou de la prison d'Abou Ghraïb, mais aussi avec des dessins montrant les méthodes féroces de l'Inquisition catholique au Moyen Âge: rien de nouveau sous le soleil... Mais pas d'évolution non plus.

Comme à son habitude, Henriquez va au-delà de la guerre américaine en Irak et en Afghanistan pour aborder d'autres dictatures ayant institutionnalisé la torture: le Guatemala, l'Argentine, avec l'aval du gouvernement américain.

Les précieux témoignages s'entrecroisent: celui du Français Mourad Bechallali, envoyé dans l'enfer de Guantánamo après avoir participé à un camp d'entraînement afghan, celui de deux Afghans emprisonnés, humiliés, torturés par les Américains après avoir été victimes de fausses dénonciations.

Les descriptions que nous donnent les victimes — nombreuses à s'exprimer — sont à faire dresser les cheveux sur la tête et démontrent à quel point tout est permis. D'autant que le président américain a promulgué une loi pour protéger les bourreaux de ces geôles infâmes.

Le cas de la religieuse américaine Dianna Ortiz, torturée et violée au Guatemala devant un officier américain, est emblématique des dérives morales qui surgissent dans le sillage des guerres et qui devraient rencontrer un mur de protestations. D'autres témoignages, venus de l'intérieur cette fois, troublent tout autant. Le docteur Burton J. Lee, ancien conseiller et médecin de Bush père, dénonce les dérapages de la torture à Guantánamo, qui nourrissent le terrorisme plutôt que de l'étouffer. Une ancienne officier du renseignement en Irak, après avoir assisté à des séances de torture, s'insurge de son côté, au nom de la morale et des accords de Genève. Des voix se lèvent pour faire cesser le massacre. Mais l'impunité est la règle.

Un important volet est consacré à l'École des Amériques, qui durant la guerre froide a permis aux États-Unis de former des tortionnaires en Amérique latine, ceux-là mêmes qui devaient fomenter des coups d'État dans leurs pays.

Ce documentaire, instructif et douloureux, constitue une dénonciation virulente du silence qui entoure ces pratiques médiévales, avalisées dans nos soi-disant pays démocratiques mais démenties avec cynisme par les chefs d'État.

Des visages nous racontent les dessous de l'omerta, et on ne peut plus fermer les yeux, ignorer ce qu'ils ont vécu: l'insoutenable, l'inadmissible, un gouffre de douleur et d'humiliations sans fin validées par des sociétés sourdes et aveugles.

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Sous la cagoule - Voyage au bout de la torture

Réalisation: Patricio Henriquez. Image: Sylvestre Guidi, Dominic Morissette, Patricio Henriquez, François Beauchemin. Montage: Andrea Henriquez.
1 commentaire
  • Jose Venturelli - Inscrit 9 novembre 2008 09 h 18

    La cagoule n'est pas un invention d'aujourd'hui ...

    La cagoule n'est pas un invention d'aujourd'hui...


    ...mais plutôt le cynisme quotidien bien établit de partout qui prétend que le mot même n'existe même pas..

    L'histoire nous montre, comme toujours, que celui et ceux qui ne veux ou veulent pas savoir (sic) simplement se donnent au concept de "fabriquer des nouvelles idéales et de les faire approuver" -quitte a contrôler et défendre même la possibilité d'avoir des milieux d'information alternatifs, avec des dictatures si nécessaires. C'est le concept du "manufacturing consent" de Noam Chomsky.

    L'idée du "business is business" n'est que de l'hypocrisie administrative, des états, qui permet a ceux (politiciens, banquiers, hommes d'affaires et toute cette mentalité Wall Street, qui se permettent tout, même détruire le monde si cela leur donne des gains plus juteux!) qui contrôlent les gouvernements pour qu'ils leur permettent - que ce soit "ici ou ailleurs"- des crimes monstrueux. Les multiples interventions des parachutistes français au Congo pour maintenir l'affreux dictateur Mobutu du même Congo qui aujourd'hui nous saute sur nos petits écrans avec la brutalité permise et appuyé par une France prétendue insoupçonnable. Avec le plus horrible de dictateurs du monde nous montre que les grandes phrases libertaires de France ne sont que du papier mâché si on ne les fait pas part de la construction quotidienne de la mémoire historique. Cela va de même avec celles sur la liberté et le respect des Etats Unis lorsqu'ils torturent directement á Guantánamo ou á la prison d'Abou Ghraïb ou bien indirectement avec leurs gradués de l'École des Amériques (je parle des Pinochets, des Videla, et de tant d'autres!), c'est á dire, des tortionnaires dans toute l'Amérique Latine, l'Afrique ou l'Asie, qui se sont permis de justifier la bombe atomique sur le Japon, ou la torture sur commande (les prisonniers que encore aujourd'hui se font massacrer "ailleurs" mais ordonnés par la CIA (y compris des prisonniers qui sont même des Canadiens!), ne sont que des secrets de polichinelle.

    Bravo pour Patricio Hernández et tant d'autres qui dénoncent ces crimes et deviennent, souvent, eux mêmes, des torturés. Au Chili, Elena Varela, a qui j'ai étais voir dans la prison d'haute sécurité au mois de Juillet, documentariste sur la répression contre le peuple Mapuche, a été mise en prison "préventive", son matériel détruit, copié par la police et toute son équipe détenue et intimidée.

    La démocratie est bien malade mais on ne veut pas le reconnaître. On continu a cacher ces vérités qui incommodent les puissants...


    José Venturelli
    Pédiatre
    45 North Oval
    Hamilton, Ontario - Canada

    courriel: venturellijc@hotmail.com

    PS: Information du film parue:

    http://www.ledevoir.com/2008/11/08/214798.html?fe=

    Sous la cagoule - Voyage au bout de la torture
    Réalisation: Patricio Henriquez. Image: Sylvestre Guidi, Dominic Morissette, Patricio Henriquez, François Beauchemin. Montage: Andrea Henriquez.