Tissé tout croche

Mes amis, mes amours porte sur l’amitié, mais aussi sur l’éducation des enfants et l’amour, qui bouscule tout sur son passage.
Photo: Mes amis, mes amours porte sur l’amitié, mais aussi sur l’éducation des enfants et l’amour, qui bouscule tout sur son passage.

Ne chipotons pas là-dessus: les romans du Français Marc Lévy sont de grands best-sellers. Son premier bouquin, Et si c'était vrai, en 1998, après avoir séduit Spielberg, fut porté à l'écran sept ans plus tard aux États-Unis sous le titre Just Like Heaven de Mark Waters. Dès le début, la partie était gagnée pour le public et perdue pour la critique. Vrai divorce dont le gouffre ne sera jamais comblé. Bons romans de gare aux yeux des uns (d'ailleurs diffusés en plusieurs langues), recettes faciles soulignées à gros traits pour les autres. Deux visions irréconciliables.

Voici que sa propre soeur, Lorraine Lévy (derrière le plus fin La première fois que j'ai eu vingt ans), porte à l'écran son sixième roman, Mes amis, mes amours. Et parions que les Américains en achèteront tôt ou tard le droits de remake, tant les ficelles énormes et le sirop de romance évoquent ceux du plus mauvais cinéma de Hollywood. Mais ça marchera sans doute pour les mêmes raisons. Misère!

Ce film, dont les carences de scénario sont sans cesse criantes, situe son action à Londres dans le quartier français. Tout le monde parle d'ailleurs français autour des héros, pied de nez aux films américains qui imposent leur langue dans tous les pays où ils tournent, quoique guère vraisemblable. Mais on n'en est pas à une invraisemblance près.

Cette comédie romantique met en scène Mathias (Vincent Lindon), un libraire français muté à Londres aux côtés d'Antoine (Pascal Elbé). Ces deux amis divorcés dont les enfants sont copains décident d'aménager ensemble, en obéissant à une série de règles absurdes: ne pas recevoir de femmes, ne jamais engager de baby-sitter, etc.

Sauf que l'amour s'y greffe, et les quiproquos aussi, dans cette petite communauté où les gens vivent les uns sur les autres et se mêlent des histoires de chacun, comme dans un village. Alors la passion nouvelle de Mathias, Audrey (Virginie Ledoyen), saura, bien sûr, renverser tôt ou tard les règlements figés d'Antoine. Le film porte sur l'amitié, mais aussi sur l'éducation des enfants et l'amour, qui bouscule tout sur son passage. Mais on ne nage guère en eaux profondes et le souci de faire rebondir l'intrigue prend le pas sur la psychologie, ici sommaire. Des figures secondaires lient tant bien que mal la sauce: la fleuriste Sophie (Florence Foresti), la vieille patronne de bistrot Yvonne (Bernadette Lafont), dont un jeune chef d'agence (Mathias Milekuz) s'entiche à travers une relation fort mal conduite et définie, etc.

L'intrigue est tissée tout croche, les personnages sont de carton, surtout celui d'Antoine, trop rigide pour être vrai, malgré le dénouement à l'eau de rose. Vincent Lindon, du moins, possède un charisme qui sauve un peu la mise. Mais on est loin des performances d'acteurs ici.

Que dire, sinon que la caméra souvent cucul, les émotions appuyées, la musique trop présente, les répliques en général bébêtes, le montage conventionnel, mais surtout un scénario mal torché ne feront guère passer ce film à l'histoire du cinéma, tout en séduisant sans doute les spectateurs qui veulent avoir la larme à l'oeil?

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Mes amis, mes amours

Réalisation: Lorraine Lévy. D'après le roman de Marc Lévy. Scénario: Lorraine Lévy, Marc Lévy, Philippe Guez. Avec Vincent Lindon, Pascal Elbé. Virginie Ledoyen, Florence Foresti, Bernadette Lafont. Montage: Sophie René. Image: Emmanuel Soyer. Musique: Sébastien Chauchois.