Sourire d'Afrique

Le lion Alex du film Madagascar
Photo: Le lion Alex du film Madagascar

Le départ fracassant d'une bande d'animaux parmi les plus populaires du zoo de Central Park à New York a inspiré une amusante fantaisie animée. Dans Madagascar, l'arrivée d'un clan de bêtes nourries au smog et à l'asphalte au milieu d'un écosystème si singulier ne pouvait passer inaperçue, surtout lorsque l'on a grandi dans une métropole où «the show must go on» et qu'il faut satisfaire un public reconnu pour sa cruauté impitoyable. Voilà qui aiguise les instincts les plus carnassiers, mais qui ne se révèle pas très utile lorsqu'il faut affronter une nature hostile plutôt que des critiques féroces.

C'est encore sur cette joyeuse note dichotomique qu'Eric Darnell et Tom McGrath prolongent les aventures de ce bestiaire énergique, tonitruant et craquant à bien des égards. Il est toujours question de naufrage, cette fois en partant du haut des airs, puisque le lion Alex (Ben Stiller), le zèbre Marty (Chris Rock, dont la voix de crécelle fait pour une fois des merveilles), la girafe Melman (David Schwimmer) et l'hippopotame Gloria (Jada Pinkett Smith) disent adieu à cette île magnifique pour retrouver le confort douillet de Manhattan à bord d'un avion digne des appareils déglingués de la fin de l'ère soviétique.

L'atterrissage est loin de se faire en douceur, débarquant au coeur du continent africain, un lieu qu'ils ont davantage habité dans leurs rêves que pendant leurs jeunes années. Le retour à la terre natale s'accompagne pour Alex de touchantes retrouvailles familiales, marquées toutefois par une importante pénurie d'eau dans la région et une compétition pour le titre de souverain que le lion confond avec une version dansante d'American Idol.

Comme dans toute bonne suite qui se respecte, les meilleurs éléments du film original se voient amplifiés (à défaut parfois d'être étoffés). C'est donc le nouveau tour de piste de la vieille mémé new-yorkaise aux réflexes de tueuse en série, rugissante devant n'importe quel lion. La blague se fait parfois répétitive, mais l'effet, particulièrement chez les jeunes spectateurs, demeure toujours efficace. Même chose pour la fameuse bande de pingouins qui volent la vedette dès que l'un d'entre eux se pointe le bout du bec.

Les adultes ne seront pas longtemps négligés dans ce panorama animalier où poussent les mauvaises herbes de la culture populaire, celles entre autres la télé-réalité. Les numéros musicaux relèvent de la haute voltige, une autre prouesse visuelle dans un art où reproduire des scènes de foule (et ses dizaines de mouvements désordonnés dans un même cadre) constitue l'un des pires cauchemars techniques du cinéma d'animation. Et bien que l'on prône les valeurs familiales et environnementalistes avec une foi vibrante, cela ne freine pas du tout la belle impertinence des deux réalisateurs, faisant une apologie subtile du mariage gai et alors que fusent de bonnes blagues sur l'identité sexuelle un peu floue de certains animaux au timbre de voix imprécis... Les enfants n'y verront que du feu, et surtout il n'y a rien ici qui mérite de pousser de hauts cris d'indignation.

Au final, grands et petits seront séduits par cette virée hors Madagascar, par l'opulence des images se mariant parfaitement avec la verve électrisante de ces figures plus près de l'univers de la sitcom que du règne animal.

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Collaborateur du Devoir

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Madagascar : Escape 2 Africa

Écrit et réalisé par Eric Darnell et Tom McGrath. Avec les voix de Ben Stiller, Chris Rock, David Schwimmer, Jada Pinkett Smith, Sacha Baron Cohen. Montage: Paul Neal. Musique: Hans Zimmer. États-Unis, 2008, 89 min.