Fragments de la 11e édition des Rencontres du documentaire de Montréal

Philippe Baylaucq est le président des Rencontres du documentaire
Photo: Philippe Baylaucq est le président des Rencontres du documentaire

Jeudi prochain démarre la 11e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), une manifestation qui a pris du volume au fil des ans en séduisant une clientèle éclectique, dont plusieurs jeunes. Jusqu'au 23 novembre, avec 82 films en sélection officielle, une soixantaine d'invités et plusieurs oeuvres québécoises, le rendez-vous offre des regards personnels sur les réalités du monde et des incursions dans des univers de la marge qui, sans ces films, nous demeureraient étrangers. Car le documentaire s'inscrit au delà du simple reportage, avec du temps et une perspective dans son baluchon.

Ainsi, le film d'ouverture No London Today, de la Française Delphine Deloget, présenté en première nord-américaine, repose tout entier sur la relation de confiance que la jeune cinéaste a pu établir avec des émigrés clandestins. Six semaines durant, elle a partagé le quotidien d'un Afghan, d'un Albanais et de trois Érythréens postés au Pas-de-Calais en France, brûlant de gagner l'Angleterre, découverts, rabattus, ne remisant jamais l'espoir que demain, peut-être....

Et on y découvre des jeunes hommes attachants, qui pleurent une fiancée perdue, qui ont connu parfois longtemps les affres du travail au noir, se souviennent de leur patrie perdue, mais cherchent autre chose. Et ils rigolent, ils paniquent, ils se laissent happer par l'avenir incertain. La caméra est nerveuse, parfois anarchique, toujours vivante et attentive.

Le Magicien de Kaboul

Philippe Baylaucq, président des Rencontres du documentaire, est aussi un cinéaste dont la réputation n'est plus à faire, avec des oeuvres comme Lodela, Les Couleurs du sang, Hugo et le dragon. Cette fois, à travers Le Magicien de Kaboul, il suit le parcours étrange d'un Japonais, collé aux drames de la grande Histoire. Jadis orphelin de guerre, celui-ci a perdu son fils dans les attentats du World Trade Center et décide de s'envoler en Afghanistan pour construire une école à Kaboul afin d'aider l'avenir à emprunter de meilleurs sentiers.

Et ce sont les doutes de cet homme, mais aussi sa détermination, qui émeuvent dans ce projet difficile de construction scolaire en territoire anarchique. Le film épouse aussi la longue quête du Japonais qui communiquait peu avec le fils disparu et qui rencontre les amis, les confrères de celui-ci dans l'espoir de tisser un lien posthume, ténu. De Tokyo à Kaboul, en passant par New York, le village global montre ses disparités mais aussi les fils qui relient entre eux les différents points du globe. Car les enfants bombardés à Kaboul sont renvoyés nez à nez avec des proches des victimes du World Trade Center. Et le magicien japonais tente d'ériger ce pont dérisoire et admirable entre les tragédies. Ce beau film culmine sur une scène superbe d'un enfant afghan dansant au milieu des musiciens et des badauds. La vie continue quand même, mais à quel prix?