Pas génial

Hollywood aime les histoires vraies, à plus forte raison quand elles mettent en scène des gens simples faisant dignement face à l'adversité. Le mythe de David et Goliath demeure une formule particulièrement prisée dans le cinéma américain, parce qu'elle est éprouvée, parce qu'elle est populaire. Le renouvellement est rarement au rendez-vous, mais pourquoi changer une formule gagnante? C'est que, bien souvent, monsieur et madame Multiplexe donnent raison aux producteurs et affluent aux guichets, prêts à se laisser émouvoir par ces bouts de vie édifiants «inspirés par des faits réels». Flash of Genius s'inscrit dans ce registre. Et quand il est question de produits aussi formatés, la question de l'originalité n'est évidemment pas pertinente. Alors, fonctionne, fonctionne pas, le film?

Bof, sans point d'exclamation. Les bandes-annonces ont parfois la fâcheuse manie de trop en dire. Dans le cas de Flash of Genius, c'est en l'occurrence un atout. Quiconque, après l'avoir vue, se meurt de connaître la vie de l'inventeur des essuie-glace à vitesse intermittente n'aura que ce qu'il mérite ou, qui sait, ce qu'il voulait. Cela étant, on voit mal à qui s'adresse le film. Les amateurs de «films de chars» s'ennuieront ferme, c'est un fait: les voitures sont ici étonnamment peu visibles, à quelques modèles près, et ne se prêtent à aucun concours de vitesse. Flash of Genius est surtout un drame judiciaire qui relate le procès ayant opposé le docteur Robert W. Kearns à la compagnie Ford pour la reconnaissance de la paternité de l'invention du fameux dispositif. Le pauvre bougre tient bravement tête à la méchante multinationale, sa quête de justice virant bien sûr à l'obsession, laquelle lui aliène (bien sûr encore) sa famille qui se sent délaissée. Quelqu'un a dit Tucker - The Man and His Dream?

Producteur expérimenté faisant des débuts de dilettante derrière la caméra, Marc Abraham n'a ni la fougue ni le flair d'un Francis Ford Coppola. Certes, la vie de Preston Tucker faisait écho à celle de l'illustre cinéaste, cela ne l'a pourtant pas empêché de brosser un portrait nuancé et critique de l'homme, deux qualités faisant défaut au film d'Abraham, qui opte plutôt pour l'approche manichéenne. Ce parti pris complaisant donne lieu à des scènes familiales sans charge émotionnelle où le héros floué fait figure de martyr, bien que les siens souffrent aussi, d'abord avec, puis sans lui.

Au final, ce qui étonne le plus, c'est qu'un film aussi convenu ne parvienne même pas à atteindre un niveau de sensiblerie primaire. Faute d'insuffler au récit un rythme constant et, surtout, de susciter quelque intérêt pour cet homme et son combat, Flash of Genius reste au neutre. La formule est pourtant si éculée! Il n'y a qu'à mélanger les ingrédients habituels, non? Comme quoi le livre de recettes ne fait pas le cuisinier... Mentionnons quand même le travail irréprochable de Dante Spinotti à la photo (L.A. Confidential, Wonder Boys) et l'interprétation uniformément sincère. Dans sa brève participation, le toujours formidable Alan Alda (M.A.S.H., Crimes and Misdemeanors) vole la vedette en avocat désenchanté.

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Collaborateur du Devoir

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Flash of Genius

Réalisation: Marc Abraham. Avec: Greg Kennear, Lauren Graham, Dermot Mulroney, Jake Abel, Mitch Pileggi, Tim Kelleher, Alan Alda. Scénario: Philip Railsback. Photographie: Dante Spinotti. Montage: Jill Savitt. Musique: Aaron Zigman. États-Unis, 2008, 119 min.