Un divertissement sympathique

Kat Dennings et Michael Cera dans Nick and Norah’s Infinite Playlist
Photo: Kat Dennings et Michael Cera dans Nick and Norah’s Infinite Playlist

On peut attribuer bien des tares (et autant de navets) au cinéma américain destiné à la jeunesse, il n'en demeure pas moins que, quand Hollywood décide de bien faire les choses, il résulte souvent de la démarche des oeuvres fraîches dont l'impudence a le don de séduire, et ce, de manière durable, un public souvent plus exigeant qu'on veut bien le croire. Les adolescents de chaque génération ont leurs films phares. Je me souviens pour ma part des meilleures — ou moins mauvaises, c'est selon — productions de John Hughes (Breakfast Club, Pretty in Pink). Près d'un quart de siècle (ouch!) après les belles heures du brat-pack, qu'en est-il de la génération actuelle? Elle n'est pas en reste, rassurez-vous. Il y a fort à parier que Superbad et Juno demeureront, pour elle, des oeuvres indissociables de cette période ingrate mais combien exaltante de l'existence. Nick and Norah's Infinite Playlist est sans doute voué à connaître le même sort, en plus de confirmer Michael Cera, au générique des trois films, dans l'improbable rôle de porte-étendard de sa génération.

C'est là un choix heureux, qu'il s'agisse du fruit du hasard ou d'un flair redoutable de la part du jeune acteur. En le voyant jouer, j'ai repensé à une déclaration de Bruce Dern dans le documentaire A Decade Under the Influence. La vedette de The King of Marvin Gardens et de Coming Home y constate que l'esprit contestataire ayant prévalu au cours des années 1970 a permis pour la première fois à des acteurs au physique atypique de dominer les écrans. Michael Cera, par son allure banale mais très reconnaissable, tranche, lui aussi, avec les canons superficiels dominants. Il n'est pas Zac Efron. Il en va de même pour sa partenaire Kat Dennings (Charlie Bartlett) qui, comment dire, ressemble à une jeune fille que l'on pourrait croiser dans la vraie vie, pas à un ersatz de Paris Lohan-Spears. Son discours est à l'avenant. Leur chimie à l'écran est réjouissante. Leur popularité montante constitue une excellente nouvelle.

Ensemble, ils sont Nick et Norah (oui, c'est un clin d'oeil au tout aussi new-yorkais The Thin Man), deux jeunes gens épris de musique qui passent toute une nuit à suivre la trace de l'élusif groupe Where's Fluffy et, surtout, à tomber amoureux. Ne craignez pas la mièvrerie: Nick and Norah's Infinite Playlist est avant tout une folle virée nocturne peuplée de personnages truculents qui n'est pas sans rappeler After Hours, de Scorsese. C'est dynamique, bourré de répliques mémorables et interprété avec un allant peu commun par une distribution allumée au sein de laquelle se démarque Ari Graynor, hilarante en party-girl ivre. Le réalisateur Peter Sollett (Raising Victor Vargas) n'est étranger ni à la ville ni au thème de l'amour en bouton, et sa caméra fébrile, jumelée au montage redoutable de sa complice Myron I. Kerstein, capte avec un naturel appréciable cette aventure aux retournements parfois faciles mais dont la bonne humeur contagieuse emporte l'adhésion. Enfin, et comme le titre le laisse entendre, les trames narrative et sonore se font écho, s'interpellent et se complètent admirablement. Un divertissement éminemment sympathique, que l'on ait ou non l'âge des personnages.

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Collaborateur du Devoir

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Nick and Norah's Infinite Playlist

Réalisation: Peter Sollett. Avec Michael Cera, Kat Dennings, Alexis Dziena, Ari Graynor, Aaron Yoo, Jay Baruchel, Rafi Gavron. Scénario: Lorene Scafaria, d'après le roman de Rachel Cohn et David Levithan. Photographie: Tom Richmond. Montage: Myron I. Kerstein. Musique: Mark Mothersbaugh. États-Unis, 2008, 89 min.