Appel à la mobilisation

Martin Frigon a décidé de suivre la trace de Noranda et des autres grandes compagnies minières canadiennes (dont Barrick Gold) qui font la pluie, le beau temps et bien des saccages dans le nord du Chili et à la frontière de l’Argentine.
Photo: Martin Frigon a décidé de suivre la trace de Noranda et des autres grandes compagnies minières canadiennes (dont Barrick Gold) qui font la pluie, le beau temps et bien des saccages dans le nord du Chili et à la frontière de l’Argentine.

Gagner sa vie signifie-t-il la perdre? Parlez-en aux anciens travailleurs de la fonderie Noranda à Murdochville, qui ont vu la multinationale prendre la poudre d'escampette en laissant derrière elle des hommes à la dignité aussi écorchée que leurs poumons. Le cinéaste Martin Frigon est allé à leur rencontre et, dans Make Money, Salut bonsoir! (2004), il relatait leur combat impossible, à la fois contre une compagnie partie au Chili faire plus de profits et au sein même de leur communauté, divisée entre les tenants d'une fermeture définitive de la ville et ceux qui voulaient continuer d'y vivre. Quelque chose comme David et Goliath empêtrés dans un dilemme cornélien...

Martin Frigon a de la suite dans les idées, devenant un sympathique et modeste empêcheur de creuser en rond, et en toute impunité. Il a décidé de suivre la trace de Noranda et des autres grandes compagnies minières canadiennes (dont Barrick Gold, pour ne pas la nommer sous peine de poursuite-bâillon?) qui font la pluie, le beau temps et bien des saccages dans le nord du Chili et à la frontière de l'Argentine. Dans Mirages d'un eldorado, quelques paysans de la Cordillère des Andes visionnent d'ailleurs Make Money... mais on se rend compte qu'ils n'ont pas besoin d'un tel outil de conscientisation pour passer à l'action.

Les effets de «l'exploration minière» — un euphémisme utilisé pour couvrir les véritables et intensives activités d'exploitation — se font sentir sur les terres devenues poussiéreuses et au creux des rivières aux remous de moins en moins abondants, sans compter les glaciers dont les fontes ne s'expliquent pas que par les changements climatiques. Tout cela, les habitants de ces contrées, et particulièrement les agriculteurs, le perçoivent déjà et c'est pour empêcher une escalade de catastrophes qu'ils manifestent haut et fort leur opposition, leur indignation.

Le cinéaste se transforme en témoin privilégié mais ne se contente pas de se mêler à des manifestants qui bloquent le passage aux camions des compagnies ou de capter la grande théâtralité de certaines protestations publiques. À cheval pendant quatre jours — d'où l'appellation «western engagé» pour décrire son film —, Frigon et des militants courageux vont se rendre à plus de 4000 mètres d'altitude pour constater de leurs yeux ce que les dirigeants des entreprises refusent de leur montrer: de vastes étendues devenues arides après un travail de forage qui respecte les lois implacables du marché, pas nécessairement celles de l'environnement.

Ce constat sur les pratiques douteuses des multinationales se révèle tout aussi troublant que Make Money, Salut bonsoir! dans la mesure où cet appel à la mobilisation égratigne une certaine fierté nationale. À l'heure où le vert écolo est bien à la mode et où le drapeau canadien constitue un passeport de bonne conscience, Mirages d'un eldorado montre des pratiques que l'on ne peut imputer aux méchants impérialistes américains. Lorsque l'équipe de Frigon constate que cinq boulons d'une roue de leur véhicule ont été sciemment dévissés pour provoquer un accident qui aurait pu être fatal — un sérieux avertissement de se mêler de leurs affaires... —, on comprend vite que ce ne sont pas seulement les trois auteurs du livre Noir Canada qui connaissent maintenant les limites dangereuses de la liberté d'expression.

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Collaborateur du Devoir

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Mirages d'un Eldorado

Écrit et réalisé par Martin Frigon. Image: Marcelos Riveros. Montage: Guillermo Lopez Perez. Musique: Cristobal Tapia de Veer. Québec, 2008, 75 min. Du 3 au 9 octobre au Cinéma du Parc et du 31 octobre au 6 novembre à Québec.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 5 octobre 2008 17 h 12

    La haute trahison

    Faut-il rappeler à André Lavoie que la haute trahison de la Noranda envers SES travailleurs a été perprétée dans un monde où il n'y a pas de que cons qui vénèrent dieu.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario