Bonne ou mauvaise foi

Bill Maher dans Relidicule
Photo: Bill Maher dans Relidicule

«Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent», disait André Gide. Dans Religulous, un documentaire au ton polisson, les incertitudes traversent rarement l'esprit des protagonistes, persuadés qu'ils sont d'être en communication directe avec Dieu, peu importe qu'il se nomme Jésus, Yahvé ou Allah. Ces convictions, aveuglantes à l'occasion et plongeant parfois notre époque en pleine obscurité, n'ont pas échappé à l'oeil malicieux du cinéaste Larry Charles (Borat, merveilleux ticket pour l'enfer) et à l'animateur caustique Bill Maher. Ils se sont offert un impressionnant tour du monde, et des religions, parcourant les lieux sacrés et les repères de convertis zélés, chapelles de routiers et autres musées thématiques à la gloire du créationnisme.

Enrobé de sa popularité et de son talent unique à lancer des vacheries avec un sourire de séducteur, Bill Maher affiche d'abord sa propre dualité, fils d'un père catholique et d'une mère juive qui a choisi d'élever ses enfants dans la religion de son mari. Ayant pris ses distances par rapport à l'Église catholique dès l'âge de 13 ans, Maher ne semble pas comprendre que le reste de l'humanité n'ait pas fait de même. Son «pèlerinage» l'amène ainsi à rencontrer des gens de toutes les confessions, dont les similitudes sont aussi nombreuses qu'affligeantes: aveuglement idéologique, absence d'esprit critique, contradictions flagrantes, etc. Certains interlocuteurs font preuve de plus d'humilité et affichent des nuances bienfaisantes, comme cet astronome... du Vatican, la tête dans les étoiles mais visiblement les deux pieds sur terre.

Il y a bien sûr source d'étonnement — plutôt que de céder à la déprime... — à voir des tenants du créationnisme défendre les bases fragiles de ce concept «scientifique» fumeux, des islamistes plus ou moins radicaux parler de paix ou un rabbin antisioniste donner l'accolade au président iranien Mahmoud Ahmadinejad. À chaque nouvelle rencontre, des sommets de mauvaise foi semblent être atteints, mais Maher poursuit l'escalade et aux États-Unis, entre un parc d'attractions où la mort de Jésus devient un freak show et un centre où des catholiques peuvent «guérir» votre homosexualité, les défis au gros bon sens ne manquent pas.

Cet étalage de la démission intellectuelle à grande échelle confirme ainsi les dires de l'écrivain italien Umberto Eco, reconnaissant que «les gens de notre époque ne croient plus en rien et qu'en même temps, ils croient en n'importe quoi»; certains, plus polis, qualifient le phénomène de «religion à la carte». Pour en contrer les effets les plus nocifs, Bill Maher cède à son tour au radicalisme qu'il dénonce, croyant qu'il faut faire table rase de toutes les religions pour briser les chaînes de l'oppression.

L'appel, livré à la fin du film sur un ton sentencieux, pour ne pas dire apocalyptique, contredit tristement la démarche ludique de Charles et Maher. En voulant dénoncer le charlatanisme et l'obscurantisme, ils nient les fondements mêmes de cette légitime quête de sens qui anime depuis toujours l'humanité. Ce n'est pas la foi, ou la spiritualité, qui pose problème, mais son instrumentalisation à des fins bêtement politiques ou mercantiles. Religulous prêche peut-être aux convertis de l'athéisme, mais il s'aliène surtout les gens de bonne foi, peu importe la déclinaison. Car Dieu n'est pas vénéré que par des cons.

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Collaborateur du Devoir

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Religulous (v.f.: Relidicule)

Écrit et réalisé par Larry Charles avec la participation de Bill Maher. Image: Anthony Hardwick. Montage: Jeffrey M. Werner, Jeff Groth, Christian Kinnard. États-Unis, 2008, 101 min.
2 commentaires
  • Maurice Monette - Inscrit 4 octobre 2008 17 h 24

    Une erreur de compréhension est à la base de toutes ces soient-disantes religions hunaines...

    Cette erreur, la voici: " à cause des interprétations humaines de ce qu'on s'imaginent être dieu, plein de religions imaginées par des humains et des humaines ont conduit au fouillis de ce début de nouveau cycle d'environ 2000 (deux-milles) ans".

    Plein de gens s'imaginent DIEU comme un ÊTRE extérieur, qui veille à ce que certains(es) soient gratifiés(es) par un passage ICI-BAS rempli de béatitudes alors que, pour d'autres les malheurs se succèdent à n'en plus finir. Entre ces deux extrêmes, il y auraient ceux et celles qui ont l'impression de n'être là que pour un bonheur routinier, sans trop de situations conflictuelles et, s'il y en a, ce sont des problèmes auxquels il est faciles de s'ajuster. Leur bonheur semble simple et ne sont pas affectés(es) plus qu'il le faut des grands mouvements de panique qui se produisent dans leur entourage proche et / ou lointain.

    Ces gens continuent leur "petit-bonhomme-de-chemin" sans se laisser atteindre par les offres qui peuvent leurs être faites pour changer de sryle de vie. Et, leur sérénité se retrouve dans cette attitude. Mais, je m'éloigne du sujet suscité par le titre de cet Article soit: "Bonne ou mauvaise foi".

    Alors, plutôt que s'imaginer un dieu extérieur, il faudrait comprendre que nous sommes tous et toutes des véhicules charnels(les) ou corps physique, à l'intérieur duquel se trouve notre parcelle spirituelle ou esprit ou âme, pour lequel / laquelle nous nous sommes engasgés(es) à faire Grandir en humilité et en sagesse par les diverses expériences de vie fraternelle que nous aurions à transcender durant ce passage contemporain et que, DIEU, c'est celle-ci. Cette parcelle spirituelle est ce qu'on appellent l'esprit ou l'âme ou parcelle divine, que nous avons pour mission de tenter de faire croitre en sagesse et en maturité en utilisant notre "libre-arbitre" dans un esprit de convivialité avec nos Proches et moins proches.

    Mais, une horde de gens inconscients(es) de cet aspect de nos passges incarnés(es) n'ont développés que leurs talents pour faire croître leur pécule, suscitant ainsi des jalousies qui se transforment souvent en actes délétères pour s'accaparer ce pécule.

    Afin éviter le plus possible les tentatives aggressives de s'accaparer tout le pécule, on avaient créés des religions humaines qui devaient s'occuper de la saine répartition de ce dernier entre toutes les nations mais, depuis juin 1989, depuis que karol wojtyla a faite cesser cette saine redistribution, c'est devenu l'ENFER des boursicoteurs(es) et la vie sur terre régresse de plus en PLUS.

    Finalement, l'erreur fondamentale qui a été faite, c'est de croire que DIEU est un ÊTRE lointain, pour qui on devraient performer d'une façon quelconque, pour se mériter ses faveurs. Mais, DIEU est la parcelle spirituelle ou divine ou esprit ou âme dont nous avons pris charge en venant ICI-BAS, à notre naissance et que nous avons la responsabilité de faire Grandir en sagesse et en maturité le plus possible, en respectant un code de vie communautaire pour éviter les frictions avec nos Proches et moins proches. Les religions furent créées à la base dans cet objectif soit, d'enrégimenter les gens selon certaines priorités promulguées par une religion ou une autre. De là toutes les dichotomies qui furent observées au cours des derniers deux millénaires et celles-ci furent l'apanage surtout des hommes (mâles), trop cartésiens dans leur logique et qui abhorrent le partage.

    Alors, c'est une raison majeure de l'existance des religions, afin d'essayer de contrer cette mauvaise habitude que certains hommes et certaines femmes ont, soit, thésauriser et inciter la déchéance de leurs milieux de vie pour s'enrichir futilement.

    Donc, de LÀ, Vous pouvez estimer de quel côté vos Valeurs de Vie sont et j'espère de tout coeur que la majorité des lecteurs(es) seront du BON côté et qu'on comprendra que les religions ne sont que des inventions humaines pour tenter d'établir une certaine harmonie lors de nos passages incarnés(es) sur cette "Terre qui était encore d'Émeraude", avant que le pécule ne devienne l'unique objectif de certains(es).

    Merci de votre ATTENTION & ÇA pourrait être si Idyllique...

    Votre Ami, SAGE, lui,
    MAURICE MONETTE
    Biologiste #939
    Grande Rivière

  • Roland Berger - Inscrit 5 octobre 2008 17 h 09

    L'autre film

    Il reste à André Lavoie de produire un film qui donne la parole aux non-cons qui vénèrent le dieu des chrétiens, des musulmans ou des juifs. À la condition bien sûr qu'il ose les mettre en confrontation. Comme son propos le montre, ils ont le verbe facile et combien mystifiant.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario