Pop Montréal, volet cinéma - Je vis ma vie, je vis mon rockabillly

Du sensationnel! Du jamais vu! Entrez, entrez, step right in! Voyez Bloodshot Bill, bête furieuse du rockabilly pur et dur des années 50, sautant comme un forcené sur un lit de chambre d'hôtel en grattant frénétiquement sa sèche! Voyez Sonia Topolnisky la championne de la friperie cool des années 40-50, déambulant ébahie et surexcitée comme une petite fille au pays des merveilles dans un plein entrepôt de fringues et d'accessoires d'époque dénichés on ne sait où! Voyez Guillaume Ozoux le dingue des hot rods et des custom cars, au fin fond d'une cour à scrap de Saint-Amable, à la recherche de la pièce manquante! Voyez Mlle Oui Oui Encore, reine du nouveau burlesque montréalais, collant des pastilles sur ses mamelons avant d'entrer en scène à La Tulipe! Voyez le chanteur des Cockroaches, roi de la défonce rockabilly la nuit et placeur de boîtes de conserves dans une épicerie le jour! Voyez Nathalie Lavergne la missionnaire du mouvement rockabilly local, moral intact et ferveur au beau fixe même quand elle découvre que son Red Hot & Blue Weekender à Saint-Hyacinthe est dans le rouge de 20 000 tomates! Voyez les increvables Comets, sexagénaires et octogénaires du rock'n'roll, reprenant hardiment leur hymne national Rock Around the Clock comme on saute à pieds joints dans une fontaine de Jouvence! Vivez pendant une heure et demie la vie rockabilly! Dans le tapis!

Rockabilly 514, c'est un peu cet esprit-là. Ce qu'on appelait un «roadhouse attraction» dans les foires. Une caméra explorant sans fard ni grand art, mais amoureusement, un fascinant univers parallèle: le petit monde de la scène rockabilly montréalaise. Un regard poétique sur la vie telle que se la façonnent chaque jour d'irréductibles passionnés, au rythme irrépressible du rockabilly. Une explosion de couleurs pétantes de santé sur fond gris maladif. Un sympathique freak show, aussi. Rockabilly 514 a en cela quelque chose du Mondo, ce sous-genre du documentaire fort en vogue dans les années 60 où l'on alignait bêtes curieuses, lieux exotiques et moeurs excentriques pour étonner badauds et gogos. C'est aussi et surtout un film sans prétention, tourné et monté à la bonne franquette, qui fait tout simplement le portrait en pied de fadas de rockabilly, laissant aux protagonistes eux-mêmes la tâche d'intéresser le spectateur, ce qui ne manque pas d'arriver. On n'est pas certain de vouloir mener cette vie de marginaux bigarrés, et il n'est pas du tout évident qu'on serait admis de toute façon dans la bande, qui revendique son statut underground et se méfie d'une trop grande visibilité (c'est bien le problème de Nathalie l'organisatrice), mais on se prend d'affection pour ces gens qui ont trouvé à leur existence du sens et du rythme, aussi invariablement pétillants de joie que généralement fauchés.

Le film a ses longueurs, ses maladresses, ses débordements gratuits (on passe un peu beaucoup de temps avec les mauvais garçons de la bande, ces Cockroaches copulant à gauche et à droite), mais on en ressort avec une certitude: le rockabilly tient jeune et svelte, donne le goût de danser et de cultiver son cool, et, comme en témoignent les Wanda Jackson, Comets et autres Joe Clay, pionniers invités au Red Hot & Blue Weekender, ç'a de l'avenir.

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ROCKABILLY 514

Documentaire de Patricia Chica et Mike Wafer; direction photo de Patricia Chica; scénario et recherche de Mike Wafer; montage de Christina To, narration par Craig Morrison; 86 minutes. Première présentée dans le cadre du festival Pop Montréal, ce soir à 19h au Centre de ’Association portugaise (4170, rue Saint-Urbain), projection suivie d’un spectacle de Bloodshot Bill et des Cockroaches. Également programmé du 6 au 9 octobre au Cinéma du Parc, à 21h.