Festival international du film de Namur - Tout baigne... Vraiment?

Namur — Théâtre placide mais ensoleillé, pendant tout le week-end, du premier tour de piste du 23e Festival international du film francophone, la ville de Namur s'est réveillée lundi matin au son joyeux d'une foule d'étudiants rentrant en classe, sous un ciel bas qui, mardi, a craché la pluie du matin au soir. Et malgré la flotte et la fraîche, les étudiants sont restés dehors. Je veux dire, en dehors des salles de cinéma, le Caméo et l'Eldorado, dans la vieille ville, où le festival débobine ses pellicules devant des fauteuils vides. On aime tellement le film de Benoît Pilon, Ce qu'il faut pour vivre, que la séance de lundi soir devant une trentaine de personnes, dont l'auteur et une dizaine issue de la délégation québécoise, faisait mal à voir. Le virus qui mine le Festival des films du monde aurait-il pris des proportions épidémiques? Ici, au moins, les centaines d'invités et de délégués internationaux, en fête tous les soirs sous le chapiteau dressé devant le Palais des congrès, donnent encore l'illusion que tout baigne. Leur présence cautionne un événement que les Namurois tiennent autrement à distance.

Ils ont bien tort. Une visite dans Les Bureaux de Dieu, de la Française Claire Simon, les aurait peut-être convaincus du bien-fondé de ce festival consacré au cinéma d'auteur. La cinéaste nous fait pénétrer, pour n'en plus sortir, dans les bureaux d'un service parisien de planning familial. Le lieu, qui grouille de vie, est le théâtre de discussions entre psychologues, médecins, intervenants sociaux, et les femmes qui viennent les consulter pour se faire prescrire la pilule, ou pour planifier un avortement, ou pour se délivrer de lourds secrets. Ces rencontres sont filmées sur le qui-vive, avec une caméra qui fait ses champs-contrechamps à vue, comme une troisième personne, invisible, qui déplace son regard de l'une à l'autre. Si le sujet évoque à son désavantage les documentaires de santé publique, dans la forme, Claire Simon et ses formidables actrices, dont Nathalie Baye, Nicole Garcia, Marie Laforêt, Rachida Brakni, etc., nous font vivre une véritable expérience de cinéma, quelque part entre Raymond Depardon (10e chambre - Instants d'audiences) et Laurent Cantet (Entre les murs).

Les Bureaux de Dieu sera projeté au Festival du nouveau cinéma. Pour sa part, Je veux voir, un autre film à thématique féminine, avec Catherine Deneuve à la proue, serait vraisemblablement attendu à Cinémania, où l'actrice a déjà annoncé sa visite. Projeté à Cannes en mai dernier, dans la section Un certain regard, le documentaire de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige (est-ce vraiment un doc?) avait polarisé l'opinion. Un débat impromptu mardi entre critiques a donné le même résultat.

Je suis de ceux qui goûtent ce parcours spleenétique dans Beyrouth et sa région, bombardées en 2006, dont les cicatrices béantes s'inscrivent en surimpression sur celles de la précédente guerre, dont Valse avec Bashir convoque le même souvenir. Catherine Deneuve parcourt la ville, puis sa périphérie, accompagnée par un acteur libanais (l'excellent Rabih Mroué), leur voiture étant suivie ou précédée par celles des cinéastes, qui épient leur conversation, guettent les réactions de Deneuve, qui a insisté pour faire cette sortie avant le gala caritatif qu'elle doit parrainer en soirée, et celles de son partenaire timide, qui lui raconte son pays à partir de ce qu'il en reste. On en reparlera sûrement.

J'aurais en terminant aimé vous dire du bien du nouveau film de Jacques Doillon, Le Premier Venu, attendu au FNC avec son auteur. Hélas, le cinéaste de Ponette continue de s'enfoncer dans l'impasse avec ce pas de trois entre un flic de province, une grande emmerdeuse et le petit voyou teigneux (Gérard Thomassin, qui était Le Petit Criminel) qu'elle a fait le pari d'aimer, allez comprendre pourquoi. Deux heures de bavardages incessants, mâchés par des acteurs peu crédibles, nous conduisent vers un dénouement d'une extraordinaire naïveté... mais tant espéré. Une Duvel, ça presse.

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Collaborateur du Devoir