Théâtre - La Belgique brûle-t-elle?

L'unique pièce d'Amélie Nothomb a été écrite pendant la guerre civile de Bosnie. Comme Blasted. Mais avec Les Combustibles, on est loin de l'univers sordide et viscéral de Sarah Kane. Dans ce texte philosophique, au vernis brillant et ludique, on reconnaît plutôt la griffe spirituelle de la prolifique auteure de L'Hygiène de l'assassin.

Cette parabole existentielle nous transporte dans un monde — non identifié — dévasté par la guerre et les «Barbares». Un professeur de littérature, son assistant (Philippe Cyr) et l'amoureuse de celui-ci, Marina, sont retranchés dans un appartement glacial. L'enfer est froid (référence sartrienne?) dans ce huis clos entre un cynique, un idéaliste et une jeune femme que l'on pourrait qualifier de pragmatique, pour qui seule semble compter désormais la nécessité de se réchauffer. Et tant pis si ça signifie brûler les précieux livres meublant la bibliothèque.

Le débat s'engage sur la nature des livres à sauver de l'autodafé: le chef-d'oeuvre célébré à l'université (tous les noms d'auteurs, à consonances étrangères, sont inventés) ou le petit roman d'amour qui apporte une beauté désormais si essentielle... Les rapports humains se dégradent progressivement dans ce récit où les personnages sont confrontés à un dilemme déchirant mais fondamental: faut-il survivre à tout prix, ou d'abord rester humain, en préservant ce qu'il y a en nous de civilisation?

Partant d'une idée intéressante, Amélie Nothomb démontre ici son don manifeste pour les bons mots. Mais sa pièce demeure très littéraire, sorte de théâtre à thèse, essentiellement cérébral, jonglant habilement avec des concepts. Et, surtout au début, les répliques sonnent livresques dans la bouche des comédiens. Notamment chez l'universitaire au départ très... professoral campé par Bernard Carez. Héritant d'un personnage avec plus de «chair», Stéphanie Cardi compose une Marina convaincante. Entre ces deux personnages, le spectacle offre d'ailleurs une scène assez forte; une relation sexuelle née du désespoir et de la nécessité, qui met à nu des motivations humaines très peu nobles. Autrement, la pièce dirigée par André-Marie Coudou, enveloppée d'une trame sonore multipliant les distorsions, offre un affrontement qui semble souvent plus lourd qu'incandescent.

En entrevue, le metteur en scène d'origine belge — comme Nothomb — n'a pas fait mystère de sa volonté d'introduire dans le spectacle une discrète allusion à la situation politique difficile que vit actuellement le pays d'Hergé. Suggestion que l'on perçoit notamment par des extraits sonores du fameux canular imaginé par la chaîne de télévision publique wallonne. Certains trouveront sans doute ce parallèle alarmiste. C'est d'abord une référence parfaitement gratuite, qui semble plaquée sur un texte au caractère qui se veut universel. Je vois mal ce que cela apporte à la pièce.

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Collaboratrice du Devoir

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Les Combustibles

Texte d'Amélie Nothomb.

Mise en scène d'André-Marie Coudou. Une production

du Théâtre l'Instant. Au Théâtre Prospero, jusqu'au 4 octobre.