Le Goethe-Institut « sur la route »

On associe souvent road movie et quête existentielle. Sur la route, seuls ou accompagnés, les êtres mus par une soif d'errance plongent volontiers dans les affres de l'autoréflexion et de la remise en question, le protagoniste se substituant à plus grand que lui par le jeu de la métaphore. Au cours des années 1970, le cinéaste allemand Wim Wenders a signé quelques-uns des plus beaux fleurons du genre. Dans cette optique, on ne s'étonnera guère que le Goethe-Institut s'intéresse au sujet en laissant toutefois de côté les classiques au profit d'oeuvres contemporaines. Huit films prenant pour thème la route ou la rue; huit réalisateurs allemands ou autrichiens, connus ou pas. On applaudit à l'initiative qui se déroule jusqu'à la fin octobre.

La route, mais aussi la rue

Du 11 septembre au 31 octobre, en un flot cohérent où l'éclectisme a tout de même droit de cité, la fiction côtoie le documentaire dans une sélection concertée où des oeuvres connues et estimées partagent la marquise avec d'autres, inédites. Chez les premières, on reverra avec un plaisir renouvelé Julie en juillet, qui ouvre la marche, long métrage nous ayant initialement fait connaître Fatih Akin (De l'autre côté). Derrière une façade, une fois n'est pas coutume, légère et colorée, se profilaient déjà les grands thèmes du cinéaste, notamment la mort et la dualité identitaire. Son contemporain Tom Tykwer qui, a l'inverse, semble s'essouffler depuis son premier film coup-de-poing, Cours, Lola, cours, est lui aussi au programme avec Paradis (Heaven), d'après un scénario du défunt Krzysztof Kieslowski. Cate Blanchett y est, on s'en doute, formidable. Enfin, la rue est le théâtre d'étranges pantomimes dans le typiquement déconcertant Code inconnu, de Michael Haneke, qui clôt la parade. Insérées parmi ces valeurs sûres, des découvertes: Yella, de Christian Petzold, où une femme troque une vie pour une autre; la route est maritime dans Donau, Duna, Dunaj, Dunav, Dunarea, de Goran Rebic, qui pose un regard tendre sur les différentes communautés culturelles vivant le long du Danube; échos d'Hansel et Gretel dans Le Bois lacté, de Christoph Hochhäusler, alors que deux gamins essaient de retrouver leur chemin après que leur mère les a abandonnés; autre conte de fées déambulatoire et froidement réaliste que L'Amour, l'argent, l'amour, de Philip Gröening (Le Grand Silence), qui relate les tristes pérégrinations d'une prostituée et de son amant.

Dans le cadre de sa conférence internationale «Prises de rue: Rues et routes dans les cinémas européens contemporains», l'Université McGill tiendra sa session du 18 septembre au Goethe-Institut. Six conférenciers se succéderont avant la présentation du documentaire Foreigners Out! Schlingensiefs Container, de Paul Poet, qui immortalise l'installation interactive de Christoph Schlingensief conçue comme un commentaire critique de la montée de l'extrême droite en Europe à l'heure de la téléréalité. Près de l'Opéra de Vienne, en 2000, l'artiste a placé une douzaine de réfugiés dans un container truffé de caméras et, satirisant l'émission Big Brother, a invité le public à voter sur Internet afin d'expulser du pays deux «concurrents» par jour. La foule a poussé les hauts cris, 800 000 internautes ont répondu à l'appel: le fascisme à l'heure du divertissement.

On trouvera l'horaire complet et des renseignements supplémentaires sur l'événement sur le site www.goethe.de/montreal

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Collaborateur du Devoir

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