Tristement daté

Créée sur Broadway en 1936, la pièce The Women fit un triomphe qu'Hollywood fut prompt à récupérer. Après avoir dirigé les plus grandes (Jean Harlow dans Dinner at Eight; Katherine Hepburn dans Sylvia Scarlett et Holiday; Greta Garbo dans Camille), George Cukor constituait le choix logique pour réaliser l'adaptation cinématographique d'une oeuvre mettant en vedette une distribution exclusivement féminine. Sorti en 1939 et refait en 1956 sous le titre The Opposite Sex, son film est considéré dans bien des cercles comme un classique, sort qui n'attend certainement pas la mouture de Diane English.

Mary, Sylvie, Edie et Alex placotent, magasinent, se querellent, se rabibochent et disposent d'une quantité appréciable de répliques jamais aussi cinglantes qu'on le voudrait. L'intrigue s'articule autour des déboires conjugaux de la première. L'affiche du film de Cukor proclamait «The Women... it's all about men!»; celle du film d'English propose plutôt «It's all about... The Women». Un traitement plus moderne? En apparence, mais sur le fond, la même morale étriquée prévaut, du genre «un mari infidèle n'est jamais qu'une victime des circonstances». On tique, surtout que l'oeuvre originale, film et pièce, préconisait une approche satirique plus heureuse. Même si elle tente de nuancer le propos, d'en adoucir l'archaïsme, English se retrouve à défendre la même thèse, à savoir que le divorce n'est pas une solution et que la place des conjoints est ensemble. À ce chapitre, le doigt accusateur qui plane sur la relation entre Mary et sa fille est une nouveauté d'un goût douteux. À croire que l'épouse cocue est non seulement responsable de l'infidélité de son mari, mais qu'en plus, en essayant de penser un peu à elle, elle court le risque de devenir une mauvaise mère. Beurk.

Comédie tantôt dramatique, parfois bouffonne et à l'occasion digne d'une mauvaise sitcom, cette troisième resucée échoue à insuffler quelque intérêt à un récit daté. Exit plusieurs personnages et intrigues secondaires. Pour la touche de modernité, Nancy, vieille fille caustique et intellectuelle affirmée, devient Alex, ravissante lesbienne «clubeuse» et volage tout droit sortie de The L Word. En faisant du personnage de Sylvie Fowler une amie sincère et bien intentionnée, English fait un choix bien mal avisé. Dans la pièce, Sylvia est hypocrite, égocentrique... et hilarante. Cukor avait respecté cela, et le jeu à la limite du burlesque de Rosalind Russell était à l'avenant. Adoucir le trait en 2008 était une bonne idée, et Annette Benning se tire bien d'affaire. Toutefois, ce changement radical de la nature du personnage prive l'intrigue de certains de ses meilleurs développements, à commencer par les prémisses de la visite de Mary chez la manucure indiscrète, jadis une préméditation de Sylvia. Toute la relation entre les deux femmes se trouve altérée par ce polissage à la guimauve, comme si la réalisatrice avait voulu gommer la critique de Clare Boothe Luce à l'endroit de son propre sexe.

Étonnant qu'un tel souci de rectitude afflige davantage le remake de 2008 que le film de 1939. Sans doute une projection comparative dans un séminaire d'études féministes donnerait-elle lieu à une intéressante discussion qui, malheureusement, ne survient jamais dans le film de Diane English.

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Collaborateur du Devoir

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The Women

Réalisation et scénario: Diane English, d'après le film de George Cukor tiré de la pièce de Clare Boothe Luce. Avec Meg Ryan, Annette Benning, Debra Messing, Eva Mendes, Jada Pickett-Smith, Candice Bergen, Clorice Leachman, Debi Mazar, Bette Midler, Carrie Fisher. Photographie: Anastas Michos. Montage: Tia Nolan. Musique: Mark Isham. États-Unis, 2008, 114 min.

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