Retour à la vie

Philippe Claudel, écrivain respecté, était déjà l'auteur des scénarios de Sur le bout des doigts et Les Âmes grises (ce dernier tiré de son propre roman), pour le compte d'Yves Angelo (Le Colonel Chabert). Paradoxalement, son premier long métrage en solitaire est plus heureux sur le plan de la mise en scène que sur celui du scénario.

Le titre, qui a dans le passé coiffé un très beau film de Claude Goretta, fait référence à la chanson À la claire fontaine. Claudel veut nous reporter dans l'imaginaire de l'enfance, creuset de son histoire racontant les retrouvailles gênées de Juliette (Kristin Scott Thomas), qui vient de passer quinze années en prison pour un crime au mystère très entretenu, et sa soeur Léa (Elsa Zylberstein), institutrice de province qui l'accueille chez elle, sous le regard désapprobateur de son mari (Serge Hazanavicius) et très intrigué de sa mignonne fillette, qui ignorait jusque-là l'existence de cette parente.

Le crime commis autrefois par Juliette est grave, et Claudel l'ensevelit sous des tonnes de silences et de non-dits, comprimant le ressort de façon à donner de la puissance à sa révélation finale, sur le pourquoi et le comment du crime (le quand et le qui nous étant donnés en amont).

Parallèlement, c'est le retour à la vie d'une âme morte, ou d'une âme grise, que le scénario documente avec une certaine élégance, malgré les rouages à vue. Le cinéaste fait apparaître au deuxième rang une galerie de beaux personnages, aux contours bien définis. L'un après l'autre, ils questionnent Juliette, obtenant ici un fragment de réponse, provoquant là un repli stratégique, pour nous conduire irrévocablement vers une finale émouvante sur le coup, quoiqu'un peu téléphonée, qui justifie parfaitement la douleur de Juliette, moins bien son comportement.

La musique de Jean-Louis Aubert tapisse avec finesse cette histoire universelle de solidarité fraternelle, que Claudel met en scène avec un indéniable sens du cinéma. Ses plans sont travaillés, ses climats bien sculptés, on sent le mouvement et la pulsion de la vie émerger de l'ensemble. Kristin Scott Thomas trouve par ailleurs dans son film l'un de ses plus beaux rôles depuis longtemps, celui d'une femme fragile et brisée sous sa carapace en béton. Elle est le négatif de Zylberstein, solide de l'intérieur, vulnérable à l'extérieur, véritable éclaireuse de cette visite d'une mine sombre et basse.

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Collaborateur du Devoir

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Il y a longtemps que je t'aime

Réalisation et scénario: Philippe Claudel. Avec Kristin Scott, Thomas, Elsa Zylberstein, Serge

Hazanavicius, Laurent Grevill, Frédéric Pierrot, Lise Ségur. Image: Jérôme Alméras. Montage: Virginie Bruant. Musique: Jean-Louis Aubert. France-Allemagne, 2008, 115 min.

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