Festival des films du monde - Ce qu'il faut pour vivre, de Benoît Pilon, trois fois primé

Natar Ungalaaq et le jeune Paul-André Brasseur, dans une scène de Ce qu’il faut pour vivre, du Montréalais Benoît Pilon, un des grands lauréats du Festival des films du monde.
Photo: Natar Ungalaaq et le jeune Paul-André Brasseur, dans une scène de Ce qu’il faut pour vivre, du Montréalais Benoît Pilon, un des grands lauréats du Festival des films du monde.

Non! Ce qu'il faut pour vivre du Montréalais Benoît Pilon, un des favoris de la course, n'a pas récolté le Grand Prix des Amériques au palmarès d'hier, mais repartait avec le Grand Prix spécial du jury. Il recevait aussi le suffrage du public décerné au film le plus populaire du festival, toutes sections confondues, ainsi que le Prix du public octroyé au film canadien le plus prisé. Cette oeuvre, qui donne la vedette à Natar Ungalaaq, raconte avec finesse l'exil d'un Inuit dans un sanatorium de Québec au cours des années 50. Benoît Pilon s'est montré particulièrement satisfait des prix du public, car il espère rejoindre la large audience avec ce film sans codes particulièrement commerciaux.

C'est le japonais Okuribito (Départs) de Yojiro Takita, qui a reçu le Grand Prix des Amériques. Ce film jongle habilement (surtout en première patrie) avec l'approche frontale de la mort comme école de la vie. Un choix honorable, mais on aurait préféré voir couronné l'oeuvre de Pilon.

Le très apprécié La Tournée du Serbe Goran Markovic, fable burlesque sur une tournée de comédiens dans des Balkans en guerre, repartait avec un mérité Prix de la meilleure mise en scène (en 2003 il avait reçu le Grand Prix des Amériques pour Le Cordon). Coup de coeur du dernier week-end, il récolte aussi le laurier de la critique internationale (Fipresci).

Le jury, dirigé par le cinéaste américain Mark Rydell, dut composer avec une poignée de films qui surnageaient dans une sélection plus faible qu'au cours des trois précédentes éditions. Cette année, le Festival des films du monde a montré des signes évidents d'essoufflement: rareté des visiteurs de marque (la non-venue de Brian de Palma fut une vraie catastrophe), public qui ne se renouvelle guère, manque de dynamisme, carence dans le sous-titrage français, désorganisation, etc. Hier, son président Serge Losique célébrait "le caractère unique, nécessaire et éternel" de sa manifestation... Désormais très appuyé par les institutions, on lui souhaite à tout le moins d'élaguer sa sélection, de mettre l'accent sur le sous-titrage et de relever le niveau général de l'événement. Sinon, où va son navire?

C'est sans surprise que l'Allemande Barbara Sukowa a reçu le prix d'interprétation féminine pour son rôle de femme amoureuse dans L'Invention de la saucisse au curry d'Ulla Wagner. Le film se déroulait à Hambourg en 1945, à l'heure où l'Allemagne courait vers sa déroute. Très peu d'oeuvres offraient des portraits féminins solides dans cette compétition. Sukowa se retrouvait sans rivale sérieuse.

Plus étonnant: le Prix d'interprétation masculine au jeune Eri Cañete pour le film Le Voyage de Teo du Mexicain Walter Doehner (également lauréat du laurier oecuménique). Cet acteur encore enfant a su toucher le jury dans un rôle de petit garçon errant d'une frontière à l'autre en quête de son père disparu. Il a damé le pion au remarquable Natar Ungalaaq dans Ce qu'il faut pour vivre de Pilon, qui l'aurait mérité cent fois.

La palme du meilleur scénario fut décernée ex aequo à deux films présentés en fin de parcours: Le glacial et ironique Bienvenue à Farewell-Gutmann, de l'Espagnol Xavi Puebla, fable féroce sur l'univers du travail. Ensuite, et Nobody To Watch over Me, du Japonais Riyoichi Kimizuka, abordant le harcèlement de la famille d'un assassin par les médias.

Source d'étonnement: ce Prix de la meilleure contribution artistique au Loup (Varg) du Suédois Daniel Alfredson, oeuvre assez convenue sur l'univers menacé des Lapons, également colauréat du Prix de la Fipresci. On n'attendait guère non plus ce laurier de l'Innovation à Tout commence à la mer de l'Israélien Eitan Green, film grêle, suivant en trois volets les moments phares d'une famille ballottée par le destin.

Sur le thème (récurrent) de la déshumanisation par le travail, l'excellente animation Le Noeud cravate du Québécois Jean-François Lévesque, une production de l'ONF, a remporté le Prix du meilleur court métrage, côté jury, comme côté public. Le prix du jury dans cette catégorie allait à Fal du Belge Hans Van Nuffel.

Du coté des premières oeuvres de fiction, le zénith d'or couronnait Pour un instant, la liberté, de l'Autrichien Arash T. Riahi, le zénith d'argent Weltstadt, de l'Allemand Christian Klandt, et celui de bronze Summer book, du Turc Seyfi Teoman.

Parmi les prix du public, celui du meilleur documentaire fut attribué au très remarqué Children of the Pyre, de l'Indien Rajesh S. Jala, et le Glauber Raucha du meilleur film d'Amérique latine à Ne regarde pas en bas, de l'Argentin Eliseo Subiela.

***

En clôture hier, Home , premier long métrage de fiction d'Ursula Meier, n'offrait pas une oeuvre consensuelle à son public de gala. Comme si le parterre le sentait, la moitié de la salle s'est vidée après l'annonce du palmarès, juste avant la projection.

Le film, essentiellement allégorique, possède ses qualités, mais point celle de viser la large audience. Avec en vedette Isabelle Huppert et Olivier Gourmet (tous deux excellents), ce film aborde l'enfermement d'une famille, qui essaie de résister aux assauts du monde extérieur. Avec des situations qui ne se piquent pas de réalisme et coupe souvent court (le départ d'une des filles, aussitôt oubliée par les autres), des costumes décalés, l'ange du bizarre le hante. Isabelle Huppert, dans le type de rôle où elle excelle, campe une mère au bord de la folie qui refuse d'abandonner la maison familiale après qu'une autoroute infernale, en bordure du terrain, empoisonne la vie aux siens. Îuvre de malaise et de remparts créés contre l'univers hostile, ce voyage immobile surfe sur une proposition fascinante, mais culbute un peu vite sur un dénouement bâclé.

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1 commentaire
  • Normand Babin - Inscrit 2 septembre 2008 15 h 21

    pourquoi continuer à parler de ce festival?

    En effet, ce festival a cessé depuis longtemps de se renouveler, et par le fait même cessé de répondre à son mandat. Ce festival carbure uniquement à la nostalgie, à la recherche d'un prétendu âge d'or perdu...
    Alors, dites-moi Madame Tremblay, pourquoi votre journal continue de couvrir ce festival. N'y a-t-il pas à Montréal d'autres festivals de cinéma (Fantasia, Image et Nation, Festival des Films sur l'art entre autres) qui atteignent beaucoup mieux leur public cible, qui remplissent leur salles, qui sont moins subventionnés, et qui aurait besoin d'une couverture de presse plus étoffée, notamment pour avoir plus d'aide gouvernementale. Alors si vous trouvez vraiment que le FFM n'a pas sa raison d'être, pourquoi l'endosser? l'encourager? en parler???