La vie de château, en quelque sorte

Le long de la route 132, Cabines capte la beauté discrète de ces maisonnettes donnant l’illusion du bungalow pour ces nombreux voyageurs qui voulaient fuir leur quotidien.
Photo: Le long de la route 132, Cabines capte la beauté discrète de ces maisonnettes donnant l’illusion du bungalow pour ces nombreux voyageurs qui voulaient fuir leur quotidien.

Ne seront-elles bientôt plus qu'un objet de musée ou de curiosité? De chaque côté de la route 132, celle qui sillonne cette Gaspésie qui ne veut pas mourir, elles surgissent du paysage comme autant de témoins d'un passé plus prospère, celui des vacances familiales où la bagnole, la glacière et la ribambelle d'enfants étaient incontournables. Les cabines devenaient alors des «châteaux de trois mètres carrés» avec vue sur le fleuve.

Sans doute poussée par la nostalgie et assurément par un certain sentiment d'urgence, la cinéaste Johanne Fournier a repris le chemin des cabines, un chemin qu'elle connaît bien puisqu'elle est originaire de la région et a fait le choix d'y planter à la fois sa caméra et sa vie. Bien qu'elle intègre çà et là des images d'archives d'un passé nettement plus grouillant de touristes, son documentaire, Cabines, évite les exposés historiques et refuse de verser simplement dans l'alarmisme patrimonial.

Le long de cette route, elle capte la beauté discrète de ces maisonnettes donnant l'illusion du bungalow pour ces nombreux voyageurs qui voulaient fuir leur quotidien sans trop subir le choc du dépaysement. Sortis du même moule industriel, pourvus d'un mobilier modeste d'un autre âge, disposés à la manière d'une banlieue zen, ces espaces de bonheur estival s'accrochent encore au paysage, faisant un joli pied de nez aux motels, aux autoroutes... et aux destinations touristiques plus exotiques.

Dans Cabines, les clients traversent rarement l'image, la cinéaste préférant observer et écouter ceux et celles qui tiennent encore à bout de bras — et dans certains cas plus pour très longtemps... — ces lieux de repos au profil anachronique. Montrant les mains patientes et discrètes qui viennent changer les draps, poser les moustiquaires ou repeindre les façades, elle célèbre ainsi le courage de ces curieux «châtelains» bien conscients que leur établissement ressemble à autant de forteresses assiégées.

Baignées par les lumières de l'été, figées dans la froidure de l'hiver ou revivant peu à peu à mesure que s'installe le printemps, ces cabines aux noms évocateurs (Bel Azur, Riviera, Étoile d'or, etc.) ont été filmées à différents moments de l'année, leur donnant ainsi une existence, et une pertinence, qui va bien au-delà de la saison touristique. Ces enclaves de paix décorées à l'ancienne forment un long village gaulois résistant au rouleau compresseur du tourisme agité et asphalté. Johanne Fournier rend ainsi hommage à ces lieux pas encore totalement emportés par le vent du changement... et le souffle des éoliennes.



Collaborateur du Devoir

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Cabines

Réalisation, scénario, image et montage: Johanne Fournier. Musique: Marc Tremblay. Québec, 2007, 52 min. Le 25 avril et du 28 avril au 1er mai au Cinéma Parallèle du Complexe Ex-Centris.
1 commentaire
  • Michelle Morin - Inscrite 30 avril 2008 20 h 11

    bravo

    C'est tellement bien dit; j'ai courru à l'Ex-Centris et trouvé ce film tout à fait ravissant par ces images et son humanité réjouissante