Michel Blanc, entre rire et gravité

Michel Blanc est un homme courtois, aux antipodes du médecin intransigeant qu’il incarne dans Les Témoins d’André Téchiné.
Photo: Pascal Ratthé Michel Blanc est un homme courtois, aux antipodes du médecin intransigeant qu’il incarne dans Les Témoins d’André Téchiné.

Michel Blanc aime beaucoup Montréal. Il a des amis ici, s'émerveille du partage d'une langue commune, et vient faire la promotion de films français chez nous chaque fois qu'il peut. L'interprète de Monsieur Hire, des Bronzés, de Je vous trouve très beau, le cinéaste de Grosse Fatigue et d'Embrassez qui vous voudrez est un homme courtois, aux antipodes du médecin intransigeant qu'il incarne dans Les Témoins d'André Téchiné, attendu vendredi prochain dans nos salles.

L'acteur déclare que ce film, abordant la thématique du sida vingt ans après la grosse vague, lui tient particulièrement à coeur. À cause du double sujet tabou: la maladie et l'homosexualité; traité par un vrai auteur: Téchiné. «Son scénario m'est apparu ambitieux, difficile, appelé à faire partie de cette petite poignée de films dont je suis vraiment fier: Tenue de soirée, Monsieur Hire, etc. À une autre échelle, le sida fut comme l'attaque des tours jumelles, une agression foudroyante qui nous est tombée dessus. Traiter l'épidémie avec du recul, une perspective historique me semblait vraiment brillant.»

Se retrouver en nomination aux Césars pour ce rôle de médecin homosexuel fut pour lui une grande joie. Gagner lui importait peu, mais être reconnu par la profession comme ayant offert une des meilleures prestations de l'année lui réchauffait le coeur. «C'était une façon de me dire: "Continue dans cette veine-là. On t'encourage." Mon personnage est dur, rancunier, cérébral , parfois violent: le contraire de moi. J'avais besoin de cet appui.»

Dans Les Témoins, la mort de son jeune compagnon, victime du sida, sera l'occasion d'une renaissance pour le médecin autant que pour tous ceux qui ont gravité autour du défunt. «Sa mort dit aux autres: Ne passez pas à côté de la vie.»

Gros succès public, il a rejoué en 2006 son désormais célèbre Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés 3 amis pour la vie, près de 30 ans après avoir gagné la célébrité grâce au premier volet de Patrice Leconte, sur fond de Club Med et de moeurs débridées. Ses éternels partenaires sont Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Christian Clavier, Gérard Jugnot et compagnie: la vieille équipe du Théâtre Splendid, qui fut son berceau professionnel.

Gérard Jugnot caressait un autre projet pour leur groupe, un Astérix 3 qui fut refusé par Uderzo et remplacé par le navet actuel. «Je devais jouer César, mais quand tout est tombé à l'eau, on a décidé de refaire un troisième Bronzés avec Leconte.» Cette comédie a d'ailleurs mieux marché qu'Astérix aux jeux Olympiques, qui, décidément, se casse la poire.

Michel Blanc apprécie que les cinéastes fassent appel à lui depuis trois ou quatre ans pour des rôles étoffés, solides. «Attention! dit-il, je ne veux pas dire que la comédie soit inférieure au drame. Il est très difficile de faire rire, mais c'est bon de se laisser entraîner dans ces registres plus graves et plus inédits qu'avant.» Du coup, il a moins envie de réaliser ses propres films, se laisse porter par la vague. Michel Blanc travaille en ce moment à un scénario adapté d'un roman anglais, qu'il ne réalisera pas lui-même.

Téchiné lui a demandé de jouer dans son prochain film, La Fille du RER, où il incarnera un avocat juif ami de la mère de l'héroïne qui invente une agression fictive.

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