Cinéma - Les aventures de Rabbi Michèle

La présence du joli minois d'Audrey Tautou, pour toujours notre Amélie Poulain, ne signifie pas qu'un film porté sur ses frêles épaules sera touché par la grâce. Parfois on la remarque à peine (Vénus Beauté), ou alors l'aventure s'avère aussi décevante pour elle que pour nous (Le Battement d'ailes du papillon). Jamais pourtant n'avions-nous atteint un tel degré d'exaspération que devant la Michèle qu'elle tente vainement de défendre, mannequin sans envergure se prenant pour une top-modèle, figure centrale d'une comédie romantique qui ne fait aucun miracle, Dieu est grand, je suis toute petite, de Pascale Bailly.

Si seulement la réalisatrice nous offrait un véritable cours sur les grandes religions en accéléré, nous serions moins envahis par ce sentiment de perdre notre temps et de contempler le triste spectacle de cette fille qui change de dieu comme elle change de robe (bonjour le look débraillé des années 70) ou de coupe de cheveux (il ne lui manque que la cornette de la Soeur volante). Car Michèle, voyez-vous, entre deux séances de photos et une tentative de suicide, s'est engagée dans une quête spirituelle où Jésus-Christ, Bouddha et Yahvé ressemblent à des vêtements griffés: on les affiche fièrement pour les larguer aussitôt.


Sa conversion laborieuse au judaïsme ressemble davantage à un caprice de jeune fille pour mieux contrarier François (Édouard Baer), un vétérinaire animé par aucune ferveur religieuse. Plus zélée qu'un rabbin, plus stricte qu'un hassidim, Michèle va rendre fou son entourage, en commençant par François, qui sommeille pendant les cours de culture juive et s'empiffre en cachette le jour du sabbat, ainsi qu'Evelyne (Catherine Jacob, seul rayon de soleil dans cet océan d'ennui), la pauvre mère perplexe devant les toquades et les lubies de sa progéniture. Malgré l'enthousiasme de collégienne appliquée que cette jeune catholique affiche pour adhérer totalement à sa nouvelle religion, les difficultés de couple prennent le dessus et, rebondissement plus que prévisible, les convictions de Michèle sont fissurées par le doute.


Il y a un parfum d'adolescence qui plane sur Dieu est grand, je suis toute petite, où considérations morales, tourments amoureux et vicissitudes familiales forment un immense tout d'une incohérence désolante. Le trivial est élevé au rang de tragédie et la superficialité affligeante de ce personnage aux allures de girouette ne donne que le tournis, tout en réussissant à nous convaincre des bienfaits psychologiques de l'athéisme. Ce qui était peut-être le but visé par Pascale Bailly, mais encore faudrait-il sentir qu'il y a, quelque part dans ce film, un réel point de vue.


D'une construction boiteuse et approximative, le scénario épouse la forme, encore là très adolescente, du journal intime de Michèle, dont on voudrait sauter quelques pages pour arriver un peu plus vite au bout de cette entreprise. Nous voilà ainsi soumis à ses vagabondages spirituels et à ses dérives sentimentales, ponctués par quelques crises de nerfs et incidents censés être comiques (l'amie pseudo-psychanalyste qui épouse un patient au physique avantageux affichant un air plus narcissique que névrosé... ).


Dans un moment de grande impatience (les nôtres se comptent par dizaines), n'en pouvant plus de la dévotion servile de Michèle, François lui propose de regarder Les Aventures de Rabbi Jacob. Personnellement, jamais je n'aurais cru m'ennuyer à ce point de Louis de Funès devant Dieu est grand, je suis toute petite.