Cinéma - Un téléthéâtre décidément trop charmant

L'ambition de cette adaptation cinématographique de The Importance Of Being Earnest (De l'importance d'être Constant) est l'équivalent de celle présidant à une production du répertoire chez Duceppe. Or, entre l'ignorance de l'oeuvre d'Oscar Wilde et sa découverte à travers cette adaptation, aussi peu inspirée soit-elle, il ne fait aucun doute que cette dernière action prévaut. Ne vaut-il pas mieux manger tiède que pas du tout?

L'Anglais Oliver Parker, qui était un acteur et un metteur en scène de théâtre avant de tâter du cinéma (il fit ses débuts en 1996 avec une adaptation d'Othello), connaît Wilde pour avoir adapté récemment, et dans le même style frontal et fleuri, Un mari idéal. L'intrigue de The Importance Of Being Earnest (maladroitement rebaptisée en français Ernest, ou L'Importance d'être Constant afin de confondre le jeu de mots anglais) tourne autour de deux dandys magnifiques, l'un rat des villes, l'autre rat des champs.


Afin de pouvoir quitter à sa guise son château de la campagne où il distille l'ennui auprès de sa jeune protégée Cecily (Reese Witherspoon) et de sa tutrice (Anna Massey), Jack (Colin Firth) s'invente un mystérieux frère cadet, Ernest, et use de ce prénom pour lui-même lorsqu'il débarque à Londres où, en vérité, il aime à retrouver Gwendolen (formidable Frances O'Connor), objet consentant de sa convoitise — pour la principale raison qu'il a pour prénom Ernest (homonyme d'earnest, qui signifie «sérieux», «résolu», «constant»).


Son ami Algy (Rupert Everett), viveur endetté, s'est lui aussi inventé une obligation à la campagne afin de fuir femmes, famille et créanciers. Apprenant de son ami le subterfuge auquel celui-ci se résout, Algy débarque à son château, sous le pseudonyme d'Ernest, dans l'espoir de séduire Cecily. Arrive peu après Gwendolen, déterminée à défier sa mère (Judi Dench, armée de tous les bons mots), tante d'Algy, qui lui a interdit de fréquenter Jack, enfin, Ernest.


La lecture que fait Parker de la pièce de Wilde n'est pas fausse, loin s'en faut. Elle est simplement frivole, trop attachée à la surface, à la résonance du bon mot, à la distribution disposée dans l'image comme un service de porcelaine, et pas assez au fond, à la signification profonde et à la forme quasi foraine de la pièce. De la satire montée pour la première fois en 1895 ne reste ici qu'un tableau grandiloquent, composé avec un souci pictural évident, sans qu'aucun effort ne soit consenti, ni dans le scénario, ni dans la mise en scène, pour que notre monde de certitudes ne soit bouleversé.


Pas besoin d'avoir vécu le siècle et des poussières qui nous sépare de la création de la pièce pour savoir que le ridicule n'est pas mort. Or Parker nous communique le sentiment contraire, comme s'il n'était pas convaincu de la pertinence de la critique de l'auteur du Portrait de Dorian Gray sur les prisons de convenances et les mariages de raison. L'eût-il compris que son projet aurait adopté une forme autrement plus complexe que celle, consensuelle, de ce téléthéâtre décidément trop charmant pour être Wilde.