Cinéma - Mourir, etc.

C'est la vie de Jean-Pierre Améris avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire.
Photo: C'est la vie de Jean-Pierre Améris avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire.

Par ce titre, C'est la vie, le cinéaste français Jean-Pierre Améris (Le Bateau de mariage) a voulu rendre sa légèreté à cette mort immuable contre laquelle on apprend, dès notre plus jeune âge, à lutter avec ardeur. La mort est le personnage principal de ce film doux et tendre qui, à ce propos, a pour théâtre une maison très spéciale où les malades condamnés à une mort prochaine viennent finir leurs jours. Ils y passent en moyenne 31 jours, comme l'apprend Dimitri (Jacques Dutronc), le jour de son arrivée, de la bouche d'une pensionnaire lucide et gaie (la trop rare Emmanuelle Riva).

On ne saura pas grand-chose du passé de Dimitri, pas plus, du reste, que de celui des autres pensionnaires de ce lieu qu'on appelle sobrement La Maison. Comme rien dans la vie ne prépare la mort, rien du passé des individus ne peut éclairer leur attente, semble nous dire Jean-Pierre Améris. Cette attente est une vie en soi, et dans cette vie où tout est possible, Dimitri, d'abord rebelle, déterminé à repartir, se laissera peu à peu gagner par la chaleur de l'amitié que lui témoigne Suzanne (Sandrine Bonnaire), une bénévole qui trouve à La Maison l'occasion de dire au revoir à un époux mort subitement quelques années plus tôt. Leur histoire d'amitié teintée d'amour occupe tantôt la surface du film, tantôt son fond, Améris promenant son regard entre eux et les autres, faisant alterner le point de vue intimiste et le portrait de groupe.


Quelque part entre ces deux pôles toutefois, C'est la vie perd de sa force. Exception faite de quelques scènes qui demandent un grand courage, tant au cinéaste qu'aux spectateurs (dont celle, filmée comme une naissance, où une jeune cancéreuse s'enfonce dans la mort), le film s'emmêle par moments dans les codes du cinéma d'intervention. Ainsi, Améris et sa coscénariste Caroline Bottaro mettent des dialogues surexplicatifs dans la bouche des personnages, dont on soupçonne qu'ils ont passé le stade où ces questions les tiraillent. Pas nous, cependant, et c'est en voulant nous faire rattraper leur temps perdu qu'Améris, bien intentionné, s'égare.


Cela dit, en fin de parcours, la sobriété du ton et la délicatesse du trait s'imposent à la mémoire, ainsi que l'interprétation antispectaculaire de Dutronc, qui a réussi, sous la baguette d'Améris, à distinguer détachement et indifférence (l'acteur-chanteur était d'ailleurs candidat au prix d'interprétation lors de la dernière course aux Césars). Le regard hostile qu'il pose sur ce monde qui l'accueille avec commisération, puis celui, attendri, qu'il pose plus tard sur les individus dont certains partiront avant lui (permettant de faire la paix avec sa propre mort) tissent le fil dramatique de ce film atypique sur un sujet tabou, auquel on résiste comme à sa propre mort... avant d'accepter son caractère immuable.