Cinéma - Mauvais prétexte

Les enjeux de la guerre qui a ravagé le Liban pendant 15 ans sont si complexes que le cinéaste Jean K. Chamoun a choisi — avec raison, à première vue — d'en faire la toile de fond grouillante et floue de son premier long métrage de fiction plutôt que le sujet principal. En d'autres mots, le prétexte plutôt que l'enjeu.

L'Ombre de la ville a pour héros le jeune Rami. Pendant ces années de guerre où le Liban qu'il a connu tranquille se transforme en poussière sous ses yeux, il passera de témoin à victime, de brancardier à milicien. Tout ça au gré d'une chronique en trois temps qui se penche moins sur l'horreur de cette guerre, qui a pendant de longues années divisé Beyrouth en deux, que sur la division de son âme, dont la moitié a suivi Yasmine, passée de l'autre côté avec sa famille, et son père, enlevé par les miliciens du camp adverse.


Si on peut se passer d'explications sur les tenants et aboutissants de la guerre qui se joue en arrière-plan, force est de constater qu'en surface, le trait grossi à la loupe, le jeu pesant des comédiens, le scénario décousu qui multiplie les intrigues sentimentales et le caractère fabriqué de la mise en scène forcent notre indifférence et nous laisse perplexes devant les destins brisés de personnages jetés dans la tourmente. Sur un modèle semblable, West Beyrouth, de Ziad Doueiri, nous emmenait plus loin en faisant rimer cohérence et pertinence. Chamoun hésite perpétuellement entre l'oeuvre dramatique et l'exposé didactique; en ce sens, son film — à petit budget, de toute évidence filmé dans des conditions difficiles — allonge un mur entre ses intentions et sa proposition.