Cinéma - Fuir l'assimilation

Le réalisateur australien Phillip Noyce s'est attaqué ici à un sujet névralgique en son pays, soit le sort scandaleux réservé aux aborigènes métissés, qu'une politique d'assimilation a longtemps coupés de leurs foyers et de leurs racines culturelles. Basé sur le récit de la fille de l'héroïne, Rabbit-Proof Fence raconte l'aventure de Molly Craig, de sa petite soeur et de sa cousine qui, en 1931, avaient été arrachées des bras de leur mère aborigène pour être «dressées» dans une institution gouvernementale afin de devenir domestiques, de perdre leur langue et de mêler leur sang à celui des Blancs. Les maîtres blancs engrossaient les femmes aborigènes et avaient pleins droits sur la progéniture métissée.

Le film montre comment les petites filles se sont enfuies pour parcourir 1500 milles afin de retrouver leur mère. Une clôture érigée afin d'empêcher les lapins de traverser du côté des pâturages fut leur repère à travers le désert de Gibson.

Sans quête d'effets, épousant le rythme de l'action en ne cherchant pas à le découper en moments forts trop appuyés, Rabbit-Proof Fence est un beau film qui suit le périple des petites rebelles en éclairant cette politique australienne d'assimilation qui a eu cours jusqu'en 1971. Le film constitue une dénonciation, et son intérêt repose en grande partie sur le pan d'histoire australienne qu'il soulève. Cela dit, nos propres politiques autochtones furent longtemps injustes aussi.

Rabbit-Proof Fence est bien joué par les petites filles, surtout l'aînée de 14 ans, Molly, incarnée par Everlyn Sampi. Elle dégage la force et la détermination qui conviennent au rôle. Le Britannique Kenneth Branagh incarne avec une maîtrise qui donne froid dans le dos le chef protecteur des aborigènes pour l'ouest de l'Australie, Mr. Neville, qui s'imagine oeuvrer pour le bien d'un peuple inférieur en lui donnant accès aux lumières de la civilisation.

Sans être un chef-d'oeuvre du genre, Rabbit-Proof Fence est un film qui respecte son sujet et ne cherche pas à le jazzer pour les besoins de la cause. La caméra suit patiemment, à travers la musique si inspirée de Peter Gabriel, le périple des enfants qui fuient à travers jungle, rivières et désert, effaçant leurs traces, mangeant ce que quelques bonnes âmes leur offrent. L'occasion prête à une traversée des paysages sauvages australiens, décors naturels arides mais superbes. Le but de ce film à la fois exigeant et à large portée n'est pourtant pas de reposer sur ses décors mais de les dépasser pour mettre en lumière des politiques et des destins.