La Capture - Le dernier film de Carole Laure est bien accueilli à Marrakech

Une scène de La Capture, de Carole Laure, projeté dimanche devant un jeune public musulman au festival de Marrakech.
Photo: Une scène de La Capture, de Carole Laure, projeté dimanche devant un jeune public musulman au festival de Marrakech.

Marrakech — C'est la troisième fois que Carole Laure vient au Festival de Marrakech. Mais ses deux sauts précédents se déroulaient au tout début du rendez-vous, qui compte déjà sept ans. À l'époque, Daniel Toscan du Plantier, le président d'Unifrance Film, le dirigeait. Sa veuve, Mélita, est aujourd'hui directrice générale, mais les choix artistiques sont assurés par Bruno Barde. «Il y avait énormément de films français, se souvient Carole Laure. Beaucoup de vedettes aussi. Le roi recevait. C'était très mondain.»

«Comme ça a changé ici!», s'exclame-t-elle, en regardant autour. La programmation est plus internationale qu'avant. Quant aux films français, ils se font étonnamment rares, cette année. Pour des raisons mystérieuses qui doivent tenir à des querelles internes, Unifrance Film n'est pas représenté en cette septième édition. Quant au roi Mohammed VI, plus discret que les premières années, alors qu'il aimait tant se faire tirer le portrait avec les vedettes, il a disparu du paysage, remplacé par son frère, le prince Moulay Rachid, côté protocole. Mais, pour la première fois, ce dernier ne reçoit plus au palais royal. La royauté s'associe moins publiquement à une manifestation qu'elle préside, en partie de toute évidence pour éviter d'irriter les fondamentalistes. Aussi pour laisser le festival s'arracher un peu l'étiquette «paillettes exotiques» et voler de ses propres ailes. Il y a bien eu l'hommage au début à Leonardo DiCaprio, une excellente master class de Martin Scorsese; mais décidément moins de vedettes qu'avant... et plus de cinéma.

Le Québec s'offre une vraie présence à Marrakech. Il y a deux ans C.R.A.Z.Y. et l'an dernier Un dimanche à Kigali avaient les honneurs de la compétition.

La Capture de Carole Laure est présentée cette fois dans la section Coup de coeur. En projection officielle, la salle était pleine dimanche, avec un public majoritairement marocain et très jeune. Carole Laure se demandait comment un auditoire musulman allait réagir devant la rébellion d'une fille contre son père, sujet tabou ici. Rappelons que La Capture, qui met en scène Pascale Bussières, Laurent Lucas et Catherine de Léan, aborde la violence conjugale et la revanche de l'héroïne contre un père d'une absolue brutalité.

Mais cela s'est bien passé. Le film fut applaudi. À public de festival, réactions de festivaliers. Les Marrakchis en ont vu d'autres...

«J'ai été impressionnée par la qualité de la projection, explique Carole Laure. Les premières années, le grand complexe moderne à la technologie de pointe, qui abrite aujourd'hui le festival, n'existait pas encore. D'ailleurs, la ville avait un tout autre visage...»

Effectivement, on n'a pas idée du nombre de complexes hôteliers qui ont poussé en périphérie de la vieille ville. Marrakech accueille désormais un million de touristes par année, des chiffres énormes. «En arrivant ici, j'ai eu peur que la médina, la place Djemaa El Fna aient perdu leur âme, dit l'actrice-cinéaste, mais non! C'est le même fouillis magnifique. La magie de ce lieu animé, encombré, poétique est restée.» Aux côtés de Martin Scorsese, elle a assisté au concert vibrant du groupe gnaoui Nass El Ghiwan sur la place. Un des grands moments off festival.

Carole Laure apprécie d'autant plus les rendez-vous de films, que La Capture, d'abord projeté au Festival du nouveau cinéma de Montréal) et bien accueilli par la critique, a récolté très peu d'entrées à l'automne au Québec (moins de 50 000 $ de recettes au guichet), pris dans le maelström des oeuvres d'auteur qui se bousculaient sur les écrans avant de quitter la piste.

«Si je m'arrêtais aux résultats québécois, mon film serait mort, estime-t-elle, condamné à n'être vu vraiment que sur DVD. Ma chance, ce sont les festivals étrangers.»

La Capture avait commencé sa carrière à Locarno. Il s'envolera bientôt au rendez-vous de films de Guadeloupe, peut-être à Shanghai.

«Et puis, j'ai fait salle comble à Paris, sur les Champs-Élysées en novembre dernier à la clôture de la Semaine du cinéma québécois à Paris. Malgré la grève générale qui paralysait tout. Les gens sont venus, même en bicyclette.»

Sa chance aussi réside dans cette coproduction avec la France. La Capture doit sortir le 18 juin là-bas. «C'est la même galère pour les salles en France que chez nous. La bataille pour les salles, l'intérêt des médias. La distributrice Dominique Welinski, qui a repris la boîte Pierre Grise, croit à mon film et veut se battre pour lui.»

Au Québec aussi, ses distributeurs l'avaient épaulée, les médias également. Elle en convient. Mais Carole Laure est tellement déterminée. La Capture se révèle son meilleur film, et les Français aiment la vedette des films culte de Gilles Carle.

On se demande à sa suite. Et si ça marchait là bas?

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.